Quand nos enfants révèlent qui nous sommes !

C’est simple. La Gestalt-thérapie nous conseille d’écouter nos enfants.

Cette mouvance considère par exemple qu’en séance, le thérapeute n’est là que pour révéler ce que le patient sait déjà au fond de lui. Le patient adulte comme l’enfant.

Alors il faut écouter le patient. Et bien l’écouter tant qu’à faire 🙂

Par conséquent, le thérapeute est présent pour être vigilant à ce que son patient dit.

Il est aussi là pour surveiller ce qui se passe dans sa relation avec son patient. Quelque part il « écoute » le comportement de son patient dans sa manière de communiquer.

Il pourra ainsi découvrir la solution que l’enfant a en lui.

Oui le thérapeute -tout comme les parents- doit être vigilant car l’enfant évidemment ne va pas dévoiler de manière explicite quel est le problème présent en lui.

Observation et écoute de tous les instants.

Et si nous ne sommes pas thérapeute. Si nous sommes simplement parents.

Que doit-on prendre en compte ?

adulte doutes

1. L’environnement familial

L’enfant va souvent être ce que l’on appelle un enfant symptômes. Car très souvent les symptômes que présente l’enfant sont des expressions :

soit d’un problème que l’enfant a avec ses parents

soit d’un problème qui concerne seulement les parents de l’enfant.

C’est pourquoi il faut être vigilant et très observateur.

Les enfants sont très dépendants de leur environnement car ils sont très perméables aux sentiments.

Pour vous en rendre compte, ci-après deux exemples dans l’article suivant : Transmissions inconscientes : 2 exemples avec Manon & Lucas

famille environnement quotidien

Pour bien comprendre l’origine des symptômes de l’enfant, il faut reproduire son quotidien lors des séances de thérapie. Ce qui signifie qu’il faut reproduire son environnement, ses habitudes.

Ces séances de thérapie peuvent être conduit par d’autres personnes qu’un thérapeute mais il est préférable de choisir une personne qui ne fait pas partie de l’environnement familial direct.

Ensuite, celui qui mène la thérapie devra avoir en tête pendant ce temps d’observation que tous les enjeux familiaux, sociaux et historique sont partie intégrante de l’environnement de l’enfant.

2. La confiance et la permission

Oui le thérapeute -qu’il soit professionnel, un membre de la famille ou un des deux parents- doit être plutôt observateur, nous l’avons dit. Il se doit d’être donc un spectateur plutôt qu’un acteur. Il doit se laisser conduire par l’enfant qui rappelons-le à la solution en lui-même. Il doit l’écouter.

Et pour que l’enfant nous conduisent à la solution il faut nécessairement lui accorder la confiance la plus totale et lui permettre tous les possibles qu’il n’imagine même pas lui-même.

garçon pouce levé

Par exemple, permettre à l’enfant de poser des questions qui semblerait être habituellement tabou dans la famille ou lui permettre de jouer à des jeux alors qu’il ne s’autoriserait pas en règle générale à y toucher, sans que les parents pourtant ne lui en aient jamais formellement interdit.

Vous comprenez pourquoi même si ce n’est pas un thérapeute qui mène l’étude et l’observation de l’enfant, ce ne doit pas être les parents.

Ayons bien à l’esprit que le lien thérapeutique et la démarche de guérison sont des espaces d’ouverture et d’expérimentation des possibles.

Le but est de tout faire pour permettre une expression et une communication maximales car, encore une fois, le problème est connu par l’enfant. En tout cas la solution est en lui.

Par conséquent, ajustement, adaptabilité, souplesse sont les maîtres mots pour appréhender les problèmes et le fonctionnement des enfants.

Le thérapeute doit se laisser surprendre et faire attention à ne pas orienter l’enfant. La personne qui anime cette démarche doit donc avoir réglé ses propres problèmes pour que le lien thérapeutique soit uniquement celui de l’enfant.

3. L’enfant EST le patient

Oui, même si, très souvent, ce sont les parents qui n’en peuvent plus et qui demande de l’aide, la tierce personne qui jouera le rôle de thérapeute auprès de l’enfant devra souvent être ferme face aux parents demandeurs de cette aide.

Par exemple une mère qui veut exclure le père du groupe de parole ou de la thérapie : L’enfant ne peut se développer correctement en ayant l’impression d’être le fils d’un fantôme ou d’un salopard.
Mais être ferme ne veut pas dire être intransigeant. Une fin de non-recevoir aurait pour conséquence le refus de tout aide et couperait malheureusement l’enfant de toute possibilité de thérapie donc de guérison.

Parfois c’est l’enfant qui prend le relais et devient le demandeur de l’aide. Aussi, dans le cas où l’enfant souhaite continuer la thérapie, il faudra le lui accorder. Car c’est qu’il considère que le problème n’est pas tout à fait réglé ou tout du moins qu’il n’est pas encore tout à fait digéré soit par lui-même soit par ses parents car les enfants ressentent bien plus que les adultes les sentiments qui passe au travers nous.

Citation de Josiane Chauveau-Obringer sur les enfants dont les symptômes révèlent un problème chez les parents plutôt que chez les enfants :

 » il était l’objet souffrant de ce fonctionnement mais pas le sujet de souffrance »

Ne pas oublier donc que même si l’enfant n’est pas le demandeur initial, il est le patient, il est la personne qu’il faut écouter seule. Comme tout autre patient, les parents peuvent être une explication des symptômes mais ils ne seront pas plus.

Nous n’en avons pas l’habitude.

Le concept de l’enfant comme être différencié, ayant des droits dans notre société est tout nouveau (Pierre Van Damme, psychologue et psychothérapeute)

20 ans au plus. Alors il est normal que ce ne soit pas notre réflexe premier. Et pourtant…

4. Les a priori

Un des éléments à prendre en compte dans l’écoute de l’enfant, ce sont les a priori de celui qui écoute.

Attention!

L’adulte interlocuteur de l’enfant doit faire son maximum pour suspendre ses connaissances théoriques. Il doit renoncer complétement à sa grille de lecture habituelle de la vie et du Monde.

Cette partie-là est la plus délicate dans la mesure où nos connaissances et notre grille de lecture du monde font partie de nos habitudes presque inconscientes.
L’adulte qui écoute doit bien avoir conscience qu’il aura inévitablement des préjugés à l’encontre de l’enfant. Le tout c’est qu’il en est le moins possible.

Cependant, ce qui est plus délicat encore, c’est d’être capable d’exprimer un ressenti car si l’on craint trop d’avoir des préjugés, on se freine soi-même dans l’expression de ses ressentis.

adulte écoute enfants

Écouter l’enfant c’est aussi rebondir sur ce qu’il dit en lui transmettant son ressenti d’adulte.

Alors canaliser et prendre du recul par rapport à son application émotionnel oui. Mais écouter sans échanger, non.

Rencontrer un enfant c’est projeter sur lui sa propre enfance ou alors son contraire, l’adulte qui écoute doit donc avoir clarifier les problèmes qu’il peut avoir eu dans son enfance. N’oublions pas non plus que l’enfant est perméable aux sentiments même inconscients.

 

Il ne faudrait pas que nous oublions que la considération de l’enfant est une notion toute nouvelle.

Pour s’en rendre compte :

Dans les années 40 ou 50 l’accouchement en maternité était loin d’être systématique. Il en est de même pour le diagnostic anténatal.

On comprend alors aisément que la protection psychologique de l’enfant tel que nous l’entendons aujourd’hui est loin d’être une priorité. Le souci prioritaire était plutôt de faire baisser la mortalité infantile.

Ecouter l’enfant est donc tout nouveau. La recherche en la matière a de beaux jours devant elle. Mais les pistes que je vous ai décrites dans cet article sont déjà énormes pour comprendre ce par quoi peu être traversé l’enfant.

Et vous, pensez-vous qu’il faille écouter l’enfant ?

Références

  1. Pierre Van Damme, « Comprendre, résoner, accompagner », Gestalt 2007/1 (n°32), p. 155-167

  2. Josiane Chauveau-Obringer, « Quelques spécificités de la thérapie d’enfant », Gestalt 2004/2 (n°27), p. 141-155

  3. Geneviève Morel, « Faire confiance à l’enfant pour aider ses parents », Gestalt 2007/1 (n°32), p. 29-36

 

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