Prénoms – Je vais vous dire qui a raison !

On décommande Eric Zemmour de toutes les émissions et Hapsatou Sy reçoit plus de 200 000 signatures pour la pétition qu’elle a lancée. Mais est-ce que les choses sont aussi simples que cela ? Une gentille et un méchant. Une méchante d’un côté et un gentil de l’autre. Non, parce que ce n’est jamais manichéen à ce point. Maintenant, je décrypte, je vous explique et je vous dis qui a raison sur quoi.

 

1. Le prénom comme identité collective

 

Dans ce débat ou plutôt ce clash, j’en ai eu un peu marre d’avoir un seul son de cloche partout où mes yeux pouvaient cliquer. Alors je me suis dit que j’allais initier une sorte de guerre de clochers. Avec mon son de cloche à moi.

Si j’utilise cette métaphore, ce n’est pas par hasard. Les « cloches » ou les « clochers » sont des éléments récurrents du paysage français. Ce sont même des éléments que nous appelleront aujourd’hui « marqueurs ». C’est à dire reconnaissables parmi tant d’autres. Nul autre clocher similaire en Espagne, en Allemagne, en Grèce ou en Russie.

 

clochers russes byzantins orthodoxes paysage
Sauf erreur de ma part, ceci n’est pas un clocher français.

 

 

Eh bien figurez-vous que c’est pareil pour les prénoms.

Les prénoms sont des éléments « marqueurs ». Quand on entend un « Mathieu », « Pierre », « Frédéric » ou « Marc », nous savons que nous sommes en France. Nul autre prénom similaire en Espagne, en Allemagne, en Grèce ou en Russie.

 

A ce titre, les prénoms sont parties intégrantes de l’identité collective.

Par conséquent, lorsque nous donnons un prénom à notre enfant, nous lui offrons une identité individuel mais aussi et surtout une identité collective. Une identité qui l’inscrit dans un groupe social, constellé de repères et de références. Ces derniers seront bien utiles à la construction de l’enfant.

Dans l’article suivant Votre prénom en dit long sur vous, je montre que le prénom est la preuve de l’appartenance à telle ou telle communauté.

Lorsque nous donnons un prénom basque par exemple à notre enfant, c’est un peu comme si nous disions « mon fils, je veux te donner ce prénom dont tu seras fier car il te permettra de crier au monde ton appartenance à la communauté basque ».

 

prénom comme identité basque chambre maïtena chambre
Avant d’entrer dans sa chambre, avant de la rencontrer, la petite Maïtena affiche qu’elle se définit avant tout comme basque

 

Lorsque la mère d’Hapsatou a donné ce prénom à sa fille, c’est un peu comme si elle lui disait « ma fille, ce prénom je te le donne avec fierté et avec émotion car il appartenait à ta grand-mère et ainsi, il te permettra de crier au Monde ton appartenance à la communauté Africaine »

Ici, je voudrais tout de suite souligne la chose suivante :

Dans ce débat, il n’y a pas de Bien ou de Mal. Il n’y a pas de mauvais ou de bons prénoms. Il n’y a pas, non plus, de bonnes ou de mauvaises décisions à prendre. Mais simplement, comme toujours, des situations et des choix que chacun doit assumer pleinement.

Car quelque soit le prénom que nous donnons à notre enfant, il est riche en signification. Un prénom veut dire beaucoup de choses et sur cette question, seuls les parents de l’enfant ont le droit de savoir ce qui est bien ou mal pour leur enfant. Il n’y a pas à discuter sur ce point là.

 

2. Le prénom comme marque d’appartenance à DES communautés ?

Toute la question et toute la problématique finalement que pose ce débat tourne autour de la compatibilité d’un prénom avec une ou plusieurs communautés.

Est-ce qu’un prénom comme Hapsatou peut appartenir à la fois à la communauté africaine et à la communauté française ?

Eh bien, non. 

Et c’est bien pour cette raison que j’ai titré mon article « Pourquoi Eric Zemmour a raison ». Car sur ce point, il faut bien avouer qu’il a raison.

Dans cet exemple que le débat nous propose, il peut y avoir des relations, des liens d’amitié ou même de haine entre les deux communautés mais ce ne sont pas des communautés inclusives.

On est dans l’une ou l’autre des communautés.

En revanche, si nous prenons l’autre exemple donné précédemment. Celui du prénom basque. C’est autre chose, car le Pays Basque est en France. Les deux communautés sont inclusives.

 

Au passage, j’en profite pour souligner à l’aune de cette explication , qu’une différence existe entre :

la france diversité

 

  la diversité. Les régions en France (Pays basque, Bretagne, Corse, Alsace, etc.) participent de la diversité de la France.

 

 

Autre exemple de la diversité : on ne fait pas partout le même nombre de bises pour se dire Bonjour, ahahah 🙂

bises.jpg

et

les populations allogènes. Qui ne sont pas des lampes (hein!). Les allogènes, Ce sont des gens qui présentent encore des caractères ethniques qui les distinguent de la population autochtone.

Par exemple, le prénom Hapsatou en France est un caractère ethnique qui distingue la personne de la communauté autochtone, en l’occurence la population française. En tant que telle, elle ne fait pas partie de la « diversité » comme je peux l’entendre partout mais d’une population allogène.

 

Voici la vraie définition des mots. Dans un débat, il est toujours bon de rappeler le sens des mots pour comprendre au mieux la pensée de son interlocuteur.

Faisons aussi attention à ne pas répéter ce que nous entendons, à ne pas croire systématiquement ce qui est martelé à coup de flashs infos. J’en ai été le premier la victime.

Par conséquent, je ne laisserai plus jamais passer cette maligne astuce de dire « diversité » pour « population allogène ». Le prénom Hapsatou ne participe pas de la diversité de la France. A la limite ce prénom fait partie de la facette cosmopolite de la France, si elle en a une et je pense qu’aujourd’hui elle en a une.

 

Les mots sont très importants car ce sont eux qui précédent la pensée, qui la définissent. A ce titre, je vous prie, mes très chers lecteurs, de vous référer à la notion de novlangue développée dans 1984 d’Orwell.

En effet, nous ne pouvons avoir une bonne pensée -complexe et construite- que si nous possédons un vocabulaire assez riche pour cela. Connaître et surtout respecter la définition exacte des mots aide à ne pas se fourvoyer ou à se faire escroquer intellectuellement.

 

3. Le prénom comme refus d’appartenance à une communauté précise ?

Maintenant, le débat poussait encore un peu plus loin la réflexion. Nous avons déduit de tout ce qui précéde qu’Hapsatou n’est pas une preuve d’appartenance à la communauté française.

Mais doit-on en déduire pour autant que le prénom d’Hapsatou est « une insulte à la France » ?

Dans ce slogan se cachent plusieurs réalités.

D’abord, clarifions tout de suite les choses et

Non, en soi, Hapsatou n’est absolument pas un prénom qui fait insulte à la France. Comme je le disais et je le répète, cela peut très bien être un prénom qui participe du côté cosmopolite de la France. Cela honore même la France de faire montre aux autres communautés nationales de sa capacité à s’ouvrir à des relations et des cultures qui ne sont pas les siennes.

Cette réalité est indéniable selon moi et nous pouvons tous en tant que français ressentir cette fierté de ne pas être un pays fermé sur sa réalité à l’instar des Etats-Unis ou de la Russie.

Mais ce prénom qui prouve que la France est cosmopolite, c’est aussi la raison pour laquelle Eric Zemmour a raison quand il déclame que le prénom d’Hapsatou n’est pas dans l’Histoire de France.

 

Revoyons la séquence  :

 

Quand Hapsatou Sy répond à Eric Zemmour qu’elle, elle est dans l’histoire de France. Elle a raison aussi! Et d’ailleurs, Eric Zemmour n’a pas grand chose à lui répondre si ce n’est un faible « vous n’êtes que dans le présent de la France ».

Donc là, je suis d’accord avec Hapsatou Sy. Son prénom ne fait pas partie de l’Histoire de France mais, elle fait partie de l’Histoire de France dans la mesure où elle s’inscrit dans la société française en y prenant la parole publiquement.

Cependant, elle continue  :

 »

– Mon prénom fait partie de mon identité

– Mon identité c’est que je suis française.

 »

Et là, et là, ça devient problématique et je pense que le noeud du débat se trouve dans ces deux affirmations accolés comme si elle voulût en faire un syllogisme.

Sauf que ça n’en est pas un. Nous allons décortiquer tout ça :

Oui, son prénom fait partie de son identité. Comme tout à chacun. L’identité la plus profonde même puisque c’est la première chose qui nous définit quand on se présente à un étranger.

Oui, elle est française.

Mais non, ce n’est pas pour autant qu’Hapsatou est un prénom français.

Hapsatou est un prénom appartenant à une autre communauté. A ce titre donc, son prénom sera -sinon un obstacle- au moins un frein à son entrée dans la communauté (au sens large, au sens culturel, au sens famille, etc.) française.

Toutefois, son prénom n’est pas un refus ostentatoire de rentrer dans la communauté française. D’autant plus que ce n’est pas elle qui l’a choisi. Donc il n’est pas possible de l’incriminer sur ce point. Ce qu’à mon sens, personne ne fait d’ailleurs sur la vidéo.

 

4. Quel prénom pour quel groupe social ?

Eloignons-nous maintenant du débat pour prendre de la hauteur sur la situation des prénoms dans notre société contemporaine.

Le problème aujourd’hui, c’est que nous sommes à la recherche de la singularité. Nous voulons être atypiques. Nous voulons ne ressembler à personne d’autre.

Cela peut être bien évidemment bénéfique mais si toutefois la chose est mesurée, si ce n’est pas excessif. En somme, si ce n’est pas extrême!

Or aujourd’hui, j’ai tendance à penser qu’on va un peu loin quand on invente des prénoms loufoques simplement pour être original et unique au Monde à tout prix.

 

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« Mais c’est quoi tous ces élèves qui ont des prénoms à coucher dehors »

 

Mais quel avenir psychologique pour tous ces gosses ?

En psychogénéalogie, un prénom est offert à l’enfant pour lui donner des repères et des références. Souvent familiales mais pas seulement.

Alors tous ces gamins qui auront un prénom que nul autre pareil, sauront-ils se sentir impliqués dans un groupe social dont tout être humain a besoin ?

Certains le pourront mais ceux qui auront une mauvaise estime d’eux-mêmes risquent fort de se sentir d’emblée « exclus ».

C’est ce que je relate dans mon article Votre prénom en dit long sur vous. Une étude américaine a montré que 3% des filles aux Etats-Unis n’ont pas un prénom familial. Aussi, il y a plus de chance qu’une fille ne s’aime pas car elle n’aime pas son prénom. Alors qu’un garçon qui a un prénom atypique est plus rare aux Etats-Unis donc un tel garçon s’aimera parce qu’il se sentira singulier.

Quand tout le monde est singulier, personne ne l’est vraiment

 

Pour conclure, il ne faut pas oublier qu’un prénom participe aussi de l’identité individuelle. Il appartient à chacun de se l’approprier en tant que tel. Quand on parle d’un Stanislas dans mon entourage, on ne parle pas d’un autre que moi. C’est ce qui fait que mon prénom a ce caractère propre alors même que je ne suis pas le seul à le porter en France.

Ne pas confondre unicité et singularité donc.

 

Je reste ouvert à toute discussion dans les commentaires :

Si vous n’avez pas compris certains points.

Ou si vous n’êtes pas d’accord.

 

 

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