Les Répétitions en Psychogénéalogie. Jour 2.

Pour relire le Jour 1 de la table-ronde : Les Répétitions : 4 experts pour tout comprendre

Deuxième jour de cette conférence géante autour des Schémas répétitifs en Psychogénéalogie. Nos 4 experts s’installent. Aux mêmes places que la veille. Impatients de reprendre, ils regardent le public qui se bousculent pour remplir cette vaste salle qui semble ne plus suffire aujourd’hui.

Les derniers s’assoient. Marine LB prend la parole pour continuer l’histoire dont elle avait commencé le récit la veille…

généalogie médicale

 » Le client est l’aîné d’une fratrie de 2 enfants. Il connaît le décès de son père âgé alors de 69 ans, atteint de troubles psychiatriques l’ayant conduit à un internement.

Son père avait développé des symptômes liés à des pertes de mémoire à l’âge de 47 ans, une perte progressive de la mobilité, ainsi que des excès de violence et de perte de l’orientation. Au décès de son père, le dossier médical est clôturé par sa mère, interdisant l’accès aux enfants ainsi qu’au corps médical pour des raisons de confidentialité et de vie
privée.

A l’âge de 45 ans, le client développe des symptômes identiques à ceux de son père, débutant par des crises de violence, de trouble de la mémoire ainsi que progressivement des troubles de l’alimentation, et décide dès lors de consulter son médecin traitant. La maladie de Huntington étant rapidement décelée, le processus de la pathologie est alors déjà trop avancé pour faciliter la vie du patient.
A l’âge de 49 ans, son frère cadet développe lui aussi la même pathologie, ainsi que des symptômes identiques. Le médecin de famille suspecte une maladie de HUNTINGTON et l’envoie auprès du Conseil Génétique qui confirme le diagnostic.
Ses deux fils, ainsi que les enfants de son frère sont dépistés par un Conseil Génétique comme porteurs de cette maladie héréditaire.

Le rôle de la Généalogie Médicale a ici été de déterminer l’ensemble des branches de la famille comme pouvant être porteurs de la pathologie ; effacer toute incertitude auprès des branches non porteuses, prévenir par le biais des médecins de famille les membres susceptibles d’être porteurs ainsi que faciliter leur accès aux dépistages et aux soins. La transmission peut être anticipée grâce à la mise en place d’un arbre médico-généalogique ainsi qu’avec l’accès au Conseil Génétique. Le dossier médical du père ayant été clôturé au décès, le corps médical n’ayant pu informer les enfants de la
pathologie de leur père, le manque de communication entre la fratrie, n’a pas permis de diffuser l’information. L’ensemble des membres de la famille n’ont donc pu anticiper la maladie, l’apparition des symptômes et mettre en place un traitement préventif et précoce.  »

Stanislas :  » Tout à fait passionnant Marine. Merci beaucoup ! Je pense que beaucoup dans l’assistance auront des questions à vous poser sur cette discipline qui émerge et qui se développe de manière exponentielle.

Je laisse désormais la parole à Patricia qui a une autre sorte d’histoire à vous exposer… Patricia, c’est à vous !  »

 

5. L’histoire de Patricia : une histoire de séparation

Patricia nous propose, à son tour, un dernier exemple de répétition. Un cas plus général dans lequel un grand nombre d’entre vous se retrouvera.

P. a 35 ans. Elle vient consulter pour une séparation. C’est une situation difficile, vécue avec un ressenti douloureux.

En posant son arbre généalogique sous forme de généosociogramme. Il s’avère que ses parents, suite à des évènements graves, ont émigré de leur terre natale vers un pays inconnu en laissant tout derrière eux : une partie de leur famille, leur travail, leur maison, leurs biens, leur terre. Situation tellement mal vécue que la nostalgie et la dépression s’installent dans la famille entière. Ses parents avaient 35 ans lors de ce déracinement.

En y regardant de plus près, nous constatons qu’à la génération des arrières-grands-parents et des 2 cotés : maternel comme paternel. Il y a aussi eu une migration mal vécue où les ancêtres ont tout laissé  : leur terre natale,  leur maison, leur famille….  Les uns pour trouver du travail ailleurs, les autres pour fuir. La coupure avec leur origine, laisser tout derrière eux , et ce sentiment de perte , d’insécurité matérielle, est un traumatisme énorme. En regardant plus près les dates, nous nous apercevons qu’ils avaient eux-aussi, à ce moment-là, entre 34 et 35 ans.

Quelles ont été les conséquences de ces 2 migrations dans l’arbre de P. ? comment et de quelle manière cela se rejoue t-il dans son histoire ?
Quel pourrait être le plus dénominateur commun entre le vécu de ses arrières grands parents, de ses parents et elle-même ? Ce fut transparent : en premier lieu c’était la notion de tout quitter, de tout perdre. Ce ressenti douloureux de laisser derrière soit, tout ce qu’on avait construit, investi ; P. la revit avec une violence  et une souffrance démesurée qui lui parait aujourd’hui évidente : P. suite a sa séparation , elle décide de divorcer ce qui entraine les conséquences suivantes : Elle perd sa famille, sa maison, sa région et se retrouve dans une situation psychique et financière précaire. Ce départ est mal vécu, et il y a un vrai sentiment tout perdre (et ce au meme age !). la douleur est insurmontable car évidemment cette douleur n’est pas la sienne !

Stanislas : « Merci Patricia. »


 

6. Le déblocage de la Psychogénéalogie

Stanislas : En comprenant cela grâce au génosiogramme et à l’analyse psychogénéalogique, P. peut commencer le travail de deuil et d’acceptation de la réalité familiale. P. comprendra au bout d’un processus qui sera entièrement personnel que le divorce qu’elle vit n’a rien à voir avec les pertes connues par les personnes qui l’ont précédée.

Après quoi, elle pourra vivre la séparation sur un mode qui sera le sien ; un mode certainement plus serein  » termine Stanislas, l’animateur de la table-ronde.

 » Oui, Aurélie? Ah, Aurélie souhaite rebondir. On vous écoute « 

 

 

7. Prendre son temps

 » Oui, je vous rejoins, et toute cette préparation, cette analyse, cette compréhension ainsi que cette appropriation personnelle exigent du temps, parfois selon les cas beaucoup de temps  »

Le premier mot d’ordre d’Aurélie, sa première intervention dans cette table-ronde sera de bien souligner qu’en matière de transgénérationnel, il faut absolument prendre son temps!

« D’ailleurs les séances avec un thérapeute doivent être souvent espacées », nous précise-t-elle avec insistance.

 » Les mémoires Transgénérationnelles sont enfouies dans l’inconscient de la personne, dans ses mémoires corporelles. Suivant les traumas de ses ancêtres, démarrer d’une manière express pourrait être fatal : déclenchement d’une maladie, ou faire rejouer le trauma. « 

 

8. Faire son deuil demande du temps

Nathaly tombe d’accord avec Aurélie. Pour elle, un travail « express » n’est pas vraiment approprié. La Psychogénéalogie est une thérapie qui peut être courte certes, mais elle ne fait pas non plus de miracles et ce n’est malheureusement pas une baguette magique !

On ne peut résoudre expressément des « casseroles » que nous trimbalons de génération en génération.

 » Ce que je propose pour commencer à effectuer un travail psychogénéalogique, c’est de travailler sur les deuils non faits, ce sont tous les deuils de personnes décédées jeunes dans l’histoire familiale avant la naissance de la personne qui vient me voir en consultation. Cela permet de fermer des dossiers, de finir les deuils au nom du clan familial, de libérer tout le clan et de se libérer soi-même. « 

 

9. L’arbre médico-généalogique et les antécédents médicaux

 

Marine enchaîne ensuite sur les différentes étapes et donc nécessairement le temps que demande l’analyse médico-généalogique.

Le premier travail lorsque nous nous trouvons face à une répétition dont nous nous suspectons l’origine médicale est de convertir l’arbre généalogique
familial en arbre médico-généalogique.
Pour se faire, il est nécessaire d’inclure l’ensemble des antécédents médicaux des membres de la famille en recueillant leurs témoignages oraux sur l’existence d’une maladie héréditaire, pour ensuite apporter la preuve écrite et schématique, qui ne peut se constituer que de sources médicales, produites et signées par des médecins.
Le généalogiste peut dès lors se tourner, avec l’accord des membres porteurs et/ou de leur descendance, vers les dossiers médicaux et les correspondances médicales entre médecins, ceci afin de passer de l’hypothèse à la véracité des faits. Cette étape est impérative et juridiquement nécessaire.
Cependant, pour la lecture et l’analyse des sources médicales, le généalogiste ne peut en aucun cas se substituer aux médecins ; qui ont les compétences nécessaire pour comprendre et traduire ces dernières.

 

C’est ainsi que la deuxième journée s’achève. Les spectateurs se lèvent comme un seul homme pour quitter précipitamment la salle ; laissant nos quatre experts discutaient entre eux de ce qui vient de se dire.

Ils se découvrent heureux d’être d’accord sur la nécessité de prendre le temps qu’il faut. S’en suit entre eux une longue discussion sur le besoin de ne pas tomber dans l’urgence qu’impose de plus en plus les velléités contemporaines.

Mais la nuit qui commence à tomber les incita alors à se saluer pour se donner rendez-vous dès le lendemain. D’accord pour se retrouver aux premières heures de la journée -peu avant l’arrivée du public- pour profiter d’être ensemble et échanger sur les pratiques et l’opinion de chacun.

 


Pour continuer la lecture sur ce sujet en attendant la suite de cette table-ronde, je vous propose les 3 articles suivants :

Sommes-nous tous conditionnés pour répéter le même schéma ?

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Vous êtes peut-être dans une figure de répétition sans le savoir

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Quand les schémas familiaux se répètent

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