Comment un décès a pu changer la vie d’une famille entière ?

Lors de mes recherches, je suis tombé sur un acte de décès particulièrement important. L’acte de décès de Pierre BELLY.

Pierre Félix BELLY
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Il pose le cadre et présente les protagonistes de notre prochaine histoire. C’est pourquoi il me semblait intéressant de vous présenter cet acte. Nous allons le parcourir ensemble.

décès BELLY Pierre.PNG

Acte n°648 du registre des actes de décès de l'année 1869. Etat Civil de Bordeaux. Archives départementales de Bordeaux. Source ici

Dans la marge est indiquée le numéro de l’acte du registre (648) mais surtout le nom de la personne concernée par l’acte : Pierre BELLY.

Ensuite vient le texte basé sur un modèle type, conforme aux exigences du Code Civil.

 » L’an mil huit cent soixante-neuf, le deux août à trois heures […] ont comparu Antoine ESTERLIN âgé de cinquante neuf ans, garde magasin, rue de Lormont 201, et Jean BIJON, âgé de trente sept ans, coiffeur, rue Dauphine 8.

Lesquels nous ont déclaré que Pierre Félix BELLY, âgé de trente huit ans, natif de Bordeaux, menuisier, veuf de Marie ESTERLIN, fils de Firmin BELLY et de Jeanne TREVIT, son épouse, est décédé hier soir à huit heures rue de Lormont 161.

[Signatures] « 

Pour comprendre un peu plus l’intérêt de cet acte, nous devons remettre de l’ordre dans les liens familiaux de toutes les personnes pré-citées :

décès Pierre BELLY.png

Pierre BELLY et son beau-père Antoine ESTERLIN habitent la rue de Lormont, l’actuelle rue Achard, dans le quartier de Bacalan, au Nord de Bordeaux.

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Extrait de Google Maps (source ici)

Si la rue Achard s’appelait à l’époque la rue de Lormont, c’est qu’un bac existait pour traverser la Garonne de Bordeaux-Bacalan à Lormont. Mais, en 1868, le service des bacs fut supprimé et le nom de la rue changea quelques années après.

Ce n’est qu’un siècle plus tard, en 1967, que fut inauguré à l’emplacement même du passage de l’ancien bac, un nouveau pont : le pont d’Aquitaine. Il s’agit d’un des six ponts que compte Bordeaux actuellement.

J’en profite, avant de reprendre cette histoire, pour vous faire part d’un article que j’ai écrit sur les ponts de Bordeaux. En effet, le développement de Bordeaux et particulièrement du quartier de Bacalan est étroitement lié aux constructions successives des ponts de Bordeaux. Et il est dû notamment au premier de ces ponts : le pont de pierre.

Guide rapide sur les six ponts de Bordeaux

Effectivement, avec la création du pont de pierre en 1822, quelques chantiers navals sont délocalisés dans le quartier de Bacalan plus en amont du fleuve; le pont faisant désormais obstacle. Bacalan devient alors ce que nous appellerions aujourd’hui une zone industrielle. Antoine ESTERLIN s’occupait de garder la marchandise de quelque industrie, ce qui aujourd’hui serait nommé le « stock ». Pierre BELLY, quant à lui, vendait ses talents de menuisier, charpentier ou même fondeur à l’occasion de chantiers ou des demandes particulières des industries des alentours.

Autre précision intéressante : Jean BIJON, le cousin par alliance de Pierre BELLY, habite rue Dauphine, l’actuelle rue du Docteur Charles Nancel Pénard (nom d’un résistant de la seconde guerre mondiale). En effet, la rue Dauphine est à l’époque la rue qui part de la Place Dauphine. Mais le nom de cette place a été dans les années 1870 considérée comme étant par trop à connotation royaliste (le dauphin est le fils du roi). Par conséquent, à l’époque du renouveau de la République, il a été décidé de renommer cette place par le nom d’un illustre homme, symbole de la IIIe République naissante et triomphante. Il s’agit bien sûr de Léon Gambetta. C’est pourquoi nous connaissons désormais cette place comme la Place Gambetta.

Nous disions donc que Jean BIJON était le cousin par alliance de Pierre BELLY. Nous allons voir comment. Comme vous pouvez le voir dans le schéma ci-dessous, l’oncle maternelle de Pierre BELLY était François TREVIT, coiffeur-perruquier. Il maria sa fille, Palmyre TREVIT à Jean BIJON également coiffeur-perruquier.

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Comment est mort Pierre BELLY ?

Malheureusement, rares sont les actes de décès qui indiquent la cause funèbre qui a mis le défunt dans cet état-là. En effet, la raison mortelle est à ranger au même niveau de discrétion que le secret médical. C’est pourquoi, aujourd’hui, je ne sais pas de quoi est mort Pierre BELLY. Est-ce du chagrin d’avoir perdu sa femme si jeune? Est-ce d’un accident de travail sur un des chantiers qu’il fréquentait ? Est-ce d’une mort naturelle inopinée ou suite à une maladie contractée et inconnue à l’époque ? Difficile de le dire mais je ne désespère pas de le savoir un jour. Car de nombreuses archives existent encore et seul le temps m’empêche pour le moment de les compulser. Un jour je saurai !
Toujours est-il qu’il laisse une famille entière derrière lui. Une famille à qui il reste un avenir et qui doit bien le construire seule.

Comment la famille voyait donc le futur sans Pierre BELLY ?

Comme l’indique l’acte, Pierre BELLY était veuf de Marie ESTERLIN, décédée, elle, l’année d’avant, en octobre 1868, pour des raisons qui nous sont également inconnues.
Le décès de Pierre BELLY rend donc orphelines de père et de mère les 5 filles du couple BELLY / ESTERLIN. Il s’agit de notre ancêtre Marie-Françoise (onze ans), Marie (huit ans), Rose (sept ans), Jeanne (quatre ans) et Suzanne (deux ans).
Leur grand-père, Antoine ESTERLIN est bien trop âgé (60 ans) et trop peu pourvu financièrement pour s’en occuper. Aussi, il délaissa l’éducation de ses petites-filles à ses deux fils : Charles (25 ans) mais surtout Arnaud ESTERLIN (32 ans). Tous les deux sont prêtres. Les voici photographiés à peu près à cette époque.

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M. l'Abbé Charles ESTERLIN

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M. l'Abbé Arnaud ESTERLIN

Pour ceux qui se demanderaient pourquoi diable font-ils cette tronche, je vous ai trouvé une explication, cliquez sur ce lien ici


C’est avec cette recomposition familiale que l’histoire continue pour le bonheur, malgré tout, de ces cinq petites fillettes. Pendant près de trente ans, de 1869 (mort du père) à 1898 (mariage de Suzanne, la dernière), elles seront élevées surtout par l’abbé Arnaud ESTERLIN qui était le véritable tuteur. L’abbé Charles ESTERLIN était plus jeune et prêtre depuis peu, il ne semblait pas opportun de lui ajouter cette charge. Pourtant il a été un parent important pour les filles et un personnage aimé par beaucoup. Il était également inventeur et n’hésitait pas à soutenir des causes. J’ai eu le bonheur d’échanger sur le « Chanoine Esterlin » avec un cousin éloigné, grâce aux internets. Je n’hésiterai pas à vous communiquer nos échanges mails et à reprendre contact avec lui pour qu’il puisse nous en dire plus sur ce qu’il a amassé d’informations sur le Chanoine. Ce dernier avait été nommé au collège de Bazas, avant même la séparation des Eglises et de l’Etat. Encore un moment de l’Histoire de France, que ces frères prêtres ont vécus pleinement.

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