5 gars à la guerre. Episode 2.


Pour lire le premier épisode : 5 gars à la guerre

 

1914

 

Samedi 1er août, à 16h. Les cloches de l’église de Castandet sonnèrent d’un seul coup, presque par surprise. Elles sonnaient d’un son grave qui vous glaçait le sang. Le son des cloches était plus précisément comme un retentissement lourd qui vous refroidissait l’intérieur de votre être d’un souffle froid. Ce son était celui du tocsin et le cœur de tous les habitants ne pouvait ignorer ce que cela signifiait.

 

Il faut se rappeler que les cloches à cette époque rythmaient le quotidien du village. Un son clair et rieur annonçait baptêmes, communions ou mariages. Le glas répandait la nouvelle de la mort d’un habitant. Le tocsin, lui, était une alarme alertant les habitants d’un événement grave, un incendie ou une crue de l’Adour. Mais ce jour-là, le tocsin annonçait la Guerre. La Première Guerre Mondiale.

 

Tout le monde alors alla se rassembler sur la placette devant l’Eglise pour venir aux nouvelles. Paul Lafitte y était déjà et c’est lui avec Monsieur le Maire qui se chargea d’annoncer à tous la mobilisation générale. Ce fut un crève-cœur de voir devant lui tous ses gamins devenus grands et de s’imaginer qu’il ne les reverra pas tous après la guerre. Monsieur le Maire, lui, était plein d’enthousiasme comme une large partie des gens qui l’entouraient ce jour-là sur cette placette nue voilée par l’ombre de l’Eglise. En tous les cas, tous étaient surpris. Certes, depuis plusieurs semaines, les journaux évoquaient avec insistance les risques de guerre, mais peu savaient lire et écrire. Ils ignoraient tout de l’actualité nationale et a fortiori de l’actualité internationale.

 

Gabriel et Emile écoutaient, inquiets. Ils n’étaient pas sur la liste des mobilisés mais cela ne les rassuraient qu’à moitié. Ils savaient que si la Guerre l’exigeait, la République ne s’embarrasserait d’aucun scrupule et les appellerait eux-aussi. Mais, bon, n’y pensons pas, pour le moment, ils seront à l’abri et cette Guerre sera sûrement assez courte pour qu’ils n’y participassent pas. S’ils étaient inquiets, c’était aussi et surtout pour leurs amis.

 

Albert, Firmin et Célestin étaient en repos ce samedi-là à Castandet et présents donc eux-aussi sur la placette. Ils étaient en plein service militaire donc, sans surprise, ils étaient sur la liste des mobilisés et appelés à rejoindre dès le lundi 3 août leur régiment respectif. Eux étaient fidèles à eux-mêmes.

Albert prit la nouvelle comme elle venait. Il la ferait cette Guerre puisque-là était son devoir. Il s’alluma une clope, une fois la nouvelle dite.

Firmin était largement heureux de cette nouvelle et ne put s’empêcher de crier d’un cri immense qui emplit, seul, tout l’endroit : « Vive la France ! » comme on lâche un « Bravo ! » à l’Opéra.

Célestin n’était pas mécontent. Il était même frustré de ne pas déjà être à la caserne de Mont-de-Marsan. A l’instar de Firmin, il la voulait bien cette Guerre. Il reviendrait bientôt glorieux et il aurait participé ainsi à grandir la France. « A Berlin ! Vite, allez maintenant, tous à Berlin ! » criait-il enthousiaste.

 

Quelques soient les sentiments de chacun, tous avaient en tête les paroles du Chant du Départ et plus particulièrement son refrain :

« La République nous appelle
Sachons vaincre ou sachons périr
Un Français doit vivre pour elle
Pour elle un Français doit mourir. »

 

Les gens regagnèrent leur foyer pour profiter des derniers moments avec les mobilisés. Les vieilles dames, elles, passèrent directement sous le tympan de l’Eglise pour brûler des cierges et invoquer la protection du Bon Dieu.

 

 

Dimanche 2 août. L’ordre de mobilisation générale fut placardé sur la porte de la mairie dans l’indifférence la plus totale car tout le monde à Castandet était au courant. En ce dimanche 2 août, chacun se préparait. Les mobilisés préparèrent leur paquetage. Les familles durent accepter que les adieux approchassent. Des larmes coulèrent sur les joues des mères. Ce ne fut pas simple et dès le lendemain, le 3, chaque mobilisé partit dans la direction de leur régiment.

Célestin arriva dès le soir du 3 au 34e Régiment d’Infanterie de Mont-de-Marsan.

Albert arriva tard dans la soirée du 4 au 18e Régiment d’Infanterie de Pau.

Firmin n’atteignit le 49e Régiment d’Infanterie de Bayonne que dans la journée du 5 août.

 

Nous allons vous raconter l’histoire de ces cinq gars. Albert, Emile, Gabriel, Célestin et Firmin.

 


Albert – 18e Régiment d’infanterie (Pau) – Composé de plus de 3 000 hommes1

 

Jeudi 6 août. C’est le jour du départ pour le front. Toute la population paloise s’est portée à la gare pour témoigner sa sympathie et adresser ses vœux ardents à ceux qui vont combattre pour la défense de la patrie.

Deux jours plus tard, le 18e Régiment d’Infanterie –dans lequel se trouve Albert–  approche de la ligne des forts de l’Est. Mais quelques jours plus tard, on se rend compte que l’Allemagne viole la neutralité de la Belgique et on ne s’y attendait pas car la neutralité est quelque chose de sacré. On n’envahit pas un pays qui ne participe pas à une guerre que seuls les pays en place ont décidé de mener. Il faut donc barrer la route à l’Allemagne. Et vite car ils approchent rapidement de nos frontières.

 

Le samedi 22 août.  Le régiment  d’Albert arrive près de Charleroi. A Marbaix-la-Tour exactement. La population belge leur montre alors l’enthousiasme le plus vif.

Un bruit lointain de canonnade roule sans interruption.

 

marbaix carte.png

Source : Google Maps

 

Le dimanche 23 août. C’est le jour du baptême du feu. Ça y est, la guerre commence vraiment pour les hommes du régiment. Les éclaireurs, partis se dissimuler dans un bois à 400 mètres de la ligne défensive, reviennent. Charleroi est tombé aux mains de l’ennemi qui ne tarde d’ailleurs pas à ouvrir le feu. Les premiers dégâts avec le clocher de Morbaix détruit par l’artillerie allemande. Les premiers blessés aussi. A trois reprises, les Allemands tentent de sortir du bois pour fondre sur la première ligne défensive du régiment. Bien heureusement, ils sont assez vite repoussés de là où ils viennent. Ce sont les mitrailleuses qui ont réussi cet exploit et les cadavres de l’adversaire sont nombreux sur le sol.

Il n’est que midi et les combats ont déjà été très éprouvants.

A 15h30, l’ennemi sort du bois pour réapparaître en masse. Ils réussissent à avancer au prix de lourds sacrifices. Obligé de s’arrêter à un moment, leur artillerie rentre en action pour cracher la mort sur nos mitrailleurs. Le lieutenant CÉCIL est grièvement blessé. « Bien touché » dit-il après s’être relevé et à ceux qui veulent l’accompagner jusqu’à l’ambulance « vous avez autre chose à faire, ne vous occupez pas de moi ». Il alla donc seul à l’ambulance, poursuivi par une grêle de balles.

Les pertes sont considérables. L’ennemi, sans cesse, renforcé avance. Les Allemands sont nombreux et veulent avancer à tout prix. Le régiment est submergé, débordé de tous côtés. C’est le début de la retraite. Le 18e Régiment d’Infanterie quitte donc Marbaix qui n’est plus que ruines et désolation.

Les hommes marchent donc sans cesse vers le sud et combattent quand ils le peuvent pour retarder l’avance de l’ennemi.

La retraite traîne jusqu’au samedi 5 septembre.

 

Le samedi 5 septembre. Le régiment est à Saint-Martin-des-Champs, près de Rupéreux. Il bivouaque en attendant les premiers renforts. Des vivres sont distribués. Ils sont les bienvenus car pendant cette triste retraite, la nourriture a été souvient bien maigre.

L’avancée des Allemands a été fulgurante. Voyez plutôt.

 

retraite 1914 Albert Dufau.PNG

Source : Google Maps

 

Pour lire la suite, cliquez ici  : 

<<< 5 gars à la guerre. Episode 3 >>>

 

 


1A partir d’ici, l’histoire est grandement inspirée du récit fait par le lieutenant DEUGNIER dans « Historique du 18e Régiment d’Infanterie Territoriale – Campagne 1914-1918 » publié en 1921.

 


 

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