Marie-Madeleine LEGRAS, fille de matelot


Marie Madeleine LEGRAS
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Père :
Mère :

Née en 1793,

Je suis la fille d’un matelot de Boisroger, petit village près de la mer qui se situe en face de l’île de Jersey.

Mon père

Je ne connus que ma mère, Jacqueline LECHEVALLIER. Mon père Denis Boniface LEGRAS vivait sur l’eau, il était toujours à bord d’un quelconque navire, loin de Boisroger. Et c’est d’ailleurs à bord d’un vaisseau militaire napoléonien, le Charlemagne, qu’il mourut le 18 octobre 1809 à Anvers (Belgique). J’avais 16 ans.

POUR CONNAÎTRE L’HISTOIRE DE CE NAVIRE MILITAIRE >> Etre matelot sur le Charlemagne

 Comment est-il mort ?

Anvers était un point stratégique pour Napoléon, le nœud gordien du blocus continental contre les Anglais. Anvers avait été conquis par les Français en 1794 et depuis, Anvers était le chef-lieu d’un nouveau département de l’Empire Français de Napoléon 1er. Le département des Deux-Nèthes (voir image).

Et depuis, Napoléon en avait fait un pistolet chargé braqué au cœur de l’Angleterre. Anvers était à la fois une menace militaire et économique car c’était un port commercial qui abritait un arsenal (lieu où l’on construit, entretient, répare et préserve les navires de guerre) important.

En 1809 les Anglais décident alors de débarquer près d’Anvers qui se prépare alors à un siège. Les Anglais n’oseront finalement pas attaquer, ni la ville ni le port. Mais en repartant, ils tentèrent de faire le plus de dégâts possible et c’est dans une de ces batailles de lâches que mon père succomba à ses blessures.

Aujourd’hui, tout ce qui reste de lui est une signature sur un registre en tant que témoin du mariage d’un ami, l’année avant ma naissance, en 1792 :

signature denis boniface legras.PNG

On reconnaît bien l’écriture d’un matelot, à peine lettré, en tout cas juste suffisamment pour savoir écrire son nom, mais pas plus. C’était mon père.

 La vie à Boisroger

Pour vivre, ma mère et moi cultivions des terres qui ne nous appartenaient même pas.

C’est ce que l’on appelle le métayage. Le propriétaire des terres confie à un métayer le soin de cultiver une terre en échange d’une partie de la récolte.

Cela demande donc plus de travail pour obtenir les mêmes fruits que d’autres et donc forcément plus de temps. Passée 25 ans, je n’étais toujours pas mariée.

Et, un jour, pour équiper nos bœufs,  j’étais à la recherche d’un bourrelier qui justement fabrique et répare le matériel (comme des harnais) destiné aux bêtes.

C’est ainsi que je rencontrais Alexis de Saint Denis qui était bourrelier à Boisroger.

signature alexis de saint denis.PNG

La signature d'Alexis DE SAINT DENIS

Il était 4 ans mon cadet et fils d’un tisserand de Muneville-le-Bingard.

muneville

En effet, son père Louis François DE SAINT DENIS venait de Muneville mais il parcourait les villages alentour pour vendre ses tissus et c’est ainsi qu’il rencontra la mère d’Alexis à Boisroger. Depuis, la famille était toujours entre les deux villages et c’est pourquoi même si Alexis est né à Muneville, il vivait adulte à Boisroger.

Nous nous sommes mariés en 1822 à Boisroger et nous avons eu des enfants formidables qui ont tous été ma fierté, tous autant qu’ils sont et quelques divers soient leurs chemins.

Nos enfants

  • Pierre (1826)
  • Elisa (1833)
  • François (1835)

1. Pierre partit à Paris continuer sa vie dès qu’il eut atteint la majorité. Beaucoup de jeunes de la région à l’époque ont pris le même chemin. Je n’ai que très peu de nouvelles de lui et à l’heure où je vous écris, en 1864, il n’est à ma connaissance toujours pas marié.

En vérité, Pierre DE SAINT DENIS se maria très vite après la mort de sa mère et eut un fils, Albert, qui deviendra plus tard libraire au Mans. C’est à la fin du XIXe siècle, au Mans qu’Albert rencontra Angèle LEPART, fille d’Angèle GANDON et petite-fille de René GANDON. Je vous invite à relire la vie de René GANDON et de faire le lien entre ces deux familles : Mon nom est René GANDON

Angèle et Albert ont eu comme enfant Jean DE SAINT DENIS, mon arrière-grand-père. Lorsque ce dernier s’installa dans le Sud-Ouest, en Gironde, ses parents le suivirent pour leurs vieux jours. Angèle décéda à La Réole, non loin de Langon, en 1935. Albert mourra en 1952 à Bordeaux. Tous deux furent inhumés à Paris. J’aurais l’occasion de vous en parler plus dans le détails. Mais d’ores et déjà vous commencez à dessiner mentalement l’arbre généalogique.

2. Ma petite Elisa mourut à l’âge de 6 ans. Et même si j’ai connu des femmes qui eurent plus d’une enfant décédée si jeune, ce fut un déchirement, pour moi mais surtout pour Alexis qui mit beaucoup de temps avant de s’en remettre.

Ici, je vous invite à lire l’article suivant pour vous immerger et comprendre comment était vécu un tel drame, que ce soit par la famille ou par l’entourage :

<<< La messe des Anges >>>

3. François resta à Boisroger et il y fonda même une famille avec sa femme, Célestine. Lui et ses descendants se firent appeler Saint-Denis. La particule n’était pas une particule nobiliaire mais une particule d’origine. En effet, les DE SAINT DENIS devaient, à l’époque de la création des noms de famille vers le XIIe siècle, venir d’une des communes de la Manche qui s’appellent ST DENIS.

signature françois de saint denis (naissance de son fils Alexis Auguste Benoni Eugêne de saint denis).PNG

Signature de François (DE) SAINT DENIS

J’eus le bonheur de connaître deux de mes petits-fils, les fils de François. Alexis, né en 1859 et Eugène, né en 1863.

Les noms que donna François a ses enfants sont caractéristiques d’une époque, le XIXe siècle. Une époque qui s’inscrit entre tradition et modernité. Il appela son aîné Alexis, en hommage à son père et pour marquer la filiation (tradition). Son cadet, il appela d’un nom à la mode à l’époque, Eugène. Ce prénom fut popularisé avec l’Impératrice Eugénie qui régna avec l’Empereur Napoléon III de 1852 à 1870. Tout comme au début du XIXe siècle, beaucoup de jeunes filles s’appelaient Joséphine.

Marie-Madeleine décéda le 20 juillet 1864, à l’âge de 71 ans, à Boisroger, petit village d’à peine un millier d’habitants où elle vécut toute sa vie. Son époux, Alexis, décéda plus tard, en 1880, à l’âge de 83 ans, lui aussi à Boisroger, chez son fils François.

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