Votre prénom en dit long sur vous

Etudier les prénoms peut être fascinant.

Car il s’agit d’une composante de notre identité sans qu’il nous semble être déterminant dans la construction de cette même identité.

Et pourtant…

Un prénom en dit long sur la personne que nous sommes. Rien que lors de présentations entre deux personnes, c’est la première chose qu’on donne à savoir à l’autre. Et on sait combien la première impression compte.

première rencontre impression deux personnes travail embauche
Première impression lors d’un entretien d’embauche – on voit que rien n’est laissé au hasard : cravate, sourire, stylo pour faire sérieux, etc.

 

 

Tout le monde a déjà, une fois dans sa vie, jugé quelqu’un quand il a appris comment il s’appelait. A partir de stéréotypes souvent. Mais les stéréotypes partent toujours d’un fond de vérité.

 

demande son prénom à un papillon

 

Parfois même le stéréotype s’auto-réalise. Car à force de renvoyer une image précise à quelqu’un, il devient au final cette image sans qu’il en ait véritablement conscience.

 

Exemple avec Marie-Chantal le papillon : « Oui je suis une bourgeoise et je suis fier de l’être. Regarde mon beau tailleur jaune, je l’ai acheté chez Gucci, bla bla bla »

Peut-être que Marie-Chantal aurait intimement voulu être autre chose qu’une bourgeoise mais ici le stéréotype a été auto-réalisateur.

 

L’identité est toujours une identité par rapport aux autres. Une identité s’inscrit forcément dans un groupe, une société ou que sais-je. Une identité est singulière ou commune. Mais dans les deux, il s’agit de comparer par rapport aux autres du groupe. Une identité ne peut donc se comprendre sans le rapport à autrui.

On voit bien l’importance du prénom.

Alors comment se fait-il que parfois le choix se fasse à la légère ou sans réelle réflexion derrière ?

Nous allons essayer de répondre aux questions suivantes :

Comment un prénom est choisi ?

Quelles sont les logiques en oeuvre derrière ce choix ?

Quelles sont les conséquences directes sur la vie d’un individu selon le prénom qu’il aura ?

 

Ah, là vous commencez à être un peu plus intéressé par votre prénom. Non ? Allez, avouez. Mais c’est très bien.

Je suis sûr, en plus, que vous avez encore plus de questions qui vous viennent à l’esprit. Je vais tenter de répondre déjà à quelques-unes. Après on verra, vous pouvez poser vos questions dans les commentaires pour que je les étudie pour vous répondre.

Cependant, il faut savoir que peu d’études sont sorties à ce jour sur le choix des prénoms. Quasiment aucune en France malgré toutes les polémiques qu’il peut y avoir. Ce qui est un tort.

Mais, ce que je peux dire, c’est que toutes les études lues convergent toutes vers les problématiques suivantes :

Le prénom a un impact (important ou non) sur les interactions sociales

Le prénom est un des critères pour évaluer l’autre, pour se faire une idée de ce qu’est l’autre. Il fait partie de l’ensemble de ces paramètres qui donnent ce qu’on appelle « la première impression »

Le prénom nous aide à construire notre personnalité propre et fait son chemin pendant cette construction afin de nous donner une image de soi.

Le prénom peut être la cause partielle de troubles psychiques dans certains cas

Au-delà de l’individu le prénom répond à des attentes inconscientes des autres (les « a priori » des interlocuteurs, parents qui ont choisi le prénom pour une raison, etc.)

 

1. Le choix du prénom aux Etats-Unis

Les critères de choix sont différents selon les cultures. Comme je le disais en introduction, les études sont surtout américaines. Ce qu’il en ressort, c’est qu’aux Etats-Unis :

Les prénoms féminins sont choisis pour leur sonorité agréable

Les prénoms masculins sont décidés dans un cadre uniquement familial (choix du prénom d’un proche parent important)

Il y a plus de prénoms féminins différents aux Etats-Unis

Il y a plus de prénoms communs chez les garçons américains

Plusieurs conséquences à cela.

 

Les filles n’aiment pas leur prénom.

 

fille pas contente de son prénom

 

Ce qui joue énormément lorsqu’elles se regardent. Souvent à l’adolescence quand elles évaluent leur propre personnalité.

« Le pouvoir d’un prénom : un prénom inhabituel peut gâcher les relations amicales, le succès et l’opinion que vous avez de vous-même » est d’ailleurs le titre d’un article de Marcus M. G.

D’autres encore comme Joubert ont montré une forte corrélation entre l’estime de soi et l’évaluation de son propre prénom. C’est-à-dire qu’en général ceux qui ont une bonne estime de soi aime leur prénom. Inversement, ceux qui ont une mauvaise estime de soi n’aiment pas trop leur prénom.

Un prénom atypique provoquera une impression de compétences intellectuelles inférieures aux autres. Donc comme les filles sont plus nombreuses à avoir des prénoms atypiques aux Etats-Unis, elles sont plus nombreuses à penser être moins intelligentes que les autres.

Et de toute façon, lorsqu’un garçon a un prénom peu commun, il aura l’impression d’avoir des caractéristiques uniques. Normal, ils sont si peu nombreux à avoir un prénom atypique.

 

Ensuite, le projet parental repose surtout sur les garçons. Le choix d’un prénom familial signifie clairement qu’il en est l’héritier.

En effet, ¼ des garçons américains ont le prénom de leur père. Quant aux filles, seules 3% ont le prénom de leur mère.

Le choix d’un prénom est donc donné dans de nombreux cas dans le cadre d’un projet familial.

 

2. Projet familial et social

 

Rappelons que la première fonction du prénom est de désigner chacun des membres d’une famille de façon unique afin de le distinguer.

 

 

Les noms sont avant tout influencés par la famille, les traditions, le contexte social et culturel. Mais aussi par une appartenance à un groupe ou à une communauté. Le prénom peut aussi être choisi pour s’en dégager.

Il faut noter également qu’un prénom est rarement inaugural. Et avant toute chose un prénom ne détermine pas le destin de celui qui le porte.

Dans toutes les cultures, hériter d’un prénom c’est aussi hériter dans l’inconscient des qualités de celui qu’on a connu avec ce prénom.

C’est pourquoi on ne veut pas donner à ses enfants le prénom de personne qu’on a détesté dans notre vie.

Souvenons-nous également de nos ancêtres qui prénommaient leur fils aîné de leur propre prénom dans l’intention ou l’espoir aussi qu’il reprenne le même métier.

En généalogie, nous voyons qu’un prénom renseigne sur le métier probable de l’individu dans sa fratrie.

Un prénom renseigne aussi sur son statut social. En entendant un prénom, on sait de quel milieu provient l’individu.

Et parfois, il s’agit d’une Prophétie auto-réalisatrice : le prénom catégorise et celui qui porte le prénom peut finir par y croire.  C’est ce qu’on appelle l’auto-réalisation des fantasmes et des a priori.

Et en même temps, chaque individu a un besoin d’appartenance. Aussi, quand le prénom est la preuve de l’appartenance à telle communauté, l’individu va aller vers cette communauté naturellement. Mais pas systématiquement. Rappelons qu’il faut toujours nuancer l’importance des prénoms sur la personnalité de l’individu. En la matière, il n’y a de déterminisme que pour ceux qui y croient.

Et parfois, il faut bien le dire, un prénom est donné par souci de distinction à une communauté dans laquelle les parents sont trop englués.

 

3. Le projet parental

Le prénom peut être le révélateur des peurs ou des espoirs des parents. Le prénom est un moyen puissant de transmettre donc ces sentiments à l’enfant porteur du prénom.

Nous l’avons beaucoup dit dans l’article suivant :

Lourd héritage pour Manon & Lucas

Et en psycho-généalogie, on peut être hanté psychologiquement par l’âme de celui de qui on a hérité le prénom. Par exemple, on a souvent vu un enfant prénommé suite au décès d’un frère ou d’un oncle du prénom de ces derniers.

Les parents donnent parfois un prénom à leurs enfants pour l’assimiler un personnage de la famille ou public. C’est investir l’enfant officiellement d’un rôle qui n’est pas le sien. C’est-à-dire réussir là où ils ont échoué, réaliser leur rêve ou réparer leur souffrance.

Un exemple avec Isidore Toussaint Bazin, mon ancêtre. Il a été appelé comme le fils d’un personnage local Toussaint du Breil de Pontbriand

32QC – Episode 3. Isidore Bazin, l’enquête incroyable

 

Exemple avec William

Jules et Claire consultent un thérapeute au sujet de leur fils, William, 10 ans. Il se plaint de ne jamais être compris.

Après avoir travaillé sur les pratiques dans les familles, le fils aîné Jules est considéré implicitement comme le garant des valeurs familiales. Il s’appelle comme son père.

La seconde, Nathalie, est considérée, elle, comme l’héritière de la branche maternelle. Discours de la mère : « elle a les yeux et la détermination de sa grand-mère ; comme toutes les filles de la famille, elle est très ordonnée et a un grand souci de son apparence ».

William, lui, ne ressemblait décidément à personne. On n’en attendait rien. William est comme exclu de sa famille et renforce lui-même cette exclusion en rejetant sa fratrie et ses parents.

 

Pourquoi?

Il se trouve que William a un prénom sans référence à l’histoire familiale. Et lorsqu’on creuse, les parents racontent l’histoire du choix de ce prénom.

Les parents devaient s’installer à Londres pour des raisons professionnelles. Mais le père a été licencié quelques mois après la naissance de William.

Ce prénom est resté comme une empreinte indélébile de cet espoir déçu et de cette exclusion.

 

Quelle solution ? 

Il faut alors opérer un réajustement familial :

  • ne pas comparer William à son frère et à sa soeur
  • Souligner la singularité de William comme une identité à part entière de William dont il doit être fier.

 

 

Nous l’avons vu. Le nom n’est pas un simple instrument de désignation de notre identité : il véhicule des fantasmes, des symboles, des attentes. Mais, plus encore, il est capable d’agir sur notre corps.

D’ailleurs, médecins et chercheurs ont repéré que de nombreux troubles psychosomatiques résultent d’un rapport problématique à notre patronyme.

Exemple : un patient découvrira son statut d’enfant sans identité réelle pour ses parents, car né en remplacement d’un aîné décédé

 

 

 Toutefois, si notre rapport à notre nom est largement conditionné par ce qu’ont pu nous transmettre nos parents sur nos origines, il dépend également de notre quantité d’estime de soi : plus elle est grande, moins nous sommes exposés à avoir honte de notre patronyme.

 

Références

  1. http://www.psychologies.com/Moi/Se-connaitre/Personnalite/Articles-et-Dossiers/Le-poids-du-nom

  2. Nicolas Gueguen et al., « Le prénom : un élément de l’identité participant à l’évaluation de soi et d’autrui », Les cahiers Internationaux de Psychologie Sociale 2005/1 (Numéro 65), p.33-44. DOI 10.3917/cips.065.0033

  3. Jean-Gabriel Offroy, « Prénom et identité sociale. Du projet social et familial au projet parental », Spirale 2001/3 (n°19), p.83-99. DOI 10.3917/spi.019.0083

  4. Isabelle de Roux et Karine Segard, « La psychogénéalogie expliquée à tous », Editions Eyrolles Pratique

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