Comment nos ancêtres nous font du mal ?


Nous savons depuis quelques années maintenant que nos ancêtres nous ont laissés bien plus qu’un patrimoine génétique. Ils nous marquent aussi de manière bien plus invisible et bien plus inconsciente que nous aurions pu l’imaginer auparavant.

 

D’où vient le Mal que nous lèguent nos ancêtres ?

 

1. Par leur vécu 

Dans un article récent du magazine Science et Vie (daté du 13 février 2018 et intitulé à juste titre « Le vécu des parents se transmet-il aux enfants ? ») l’auteur relate l’expérience suivante :

Les petits-enfants (et nous parlons bien ici des petits-enfants et non simplement des enfants) de personnes qui ont connu la famine aux Pays-Bas à la fin de la Guerre sont nés plus petits que les autres. Ils ont également plus de risques de diabète et d’obésité une fois arrivés à l’âge adulte.

 

2. D’une volonté inconsciente de leur ressembler

Dans un article du Monde cette fois (daté du 17 septembre 2012 et intitulé « Savoir se libérer des maux de ses ancêtres ») Christine ANGIOLINI nous fait le récit de l’histoire suivante rapportée par une thérapeute :

Une jeune femme de 33 ans se présente au cabinet de cette fameuse thérapeute. Elle lui explique qu’elle vient sur les conseils d’un ami qui pense que tomber malade d’une grave maladie pulmonaire à trente-trois ans, comme son grand-père au même âge, relève peut-être de la psychologie. Au moins en partie.

C’est ce qu’on appelle le syndrome anniversaire.  La personne est en fait tombée malade au même âge que son grand-père et de la même maladie car depuis que son grand-père est décédé de cette même maladie, la grand-mère et la mère alors enfant de cette personne n’ont pas cessé d’aduler ce grand-père. Le syndrome anniversaire révèle ici la volonté inconsciente de ressembler à ce grand-père pour être adulé autant que lui l’a été après cette maladie mortelle.

 

 

3. Des secrets de familles

Claire Metz dans son article « Réflexions sur la construction de l’arbre généalogique avec des enfants et des adolescents » (n° 169 du magazine Dialogue, pages 124 à 130 nous fait part du cas de la petite Milena :

Milena est une petite fille à la peau teintée mais tout le monde lui faire croire que ses quatre grands-parents sont blancs. Or comme l’Homme est psychologiquement obligé de supprimer une telle dissonance cognitive, Milena tente donc dans ce cas précis de la supprimer.

 

Comment a-t-elle fait ?

 

En fait sa mère s’est remariée et Milena voit donc très peu la famille de son père. Elle a donc fait abstraction du grand-père paternelle et explique qu’elle ne le connaît pas et que c’est lui qui est noir.

Le pire dans l’histoire c’est qu’elle a bien un grand-père noir mais comme c’est sa mère qu’il l’est un peu et non son père, elle inverse de place dans l’arbre généalogique le couple des grands-parents.

Aussi, pour Milena, nous avons l’arbre suivant :

arbre milena.PNG

 

Alors qu’en réalité, son véritable arbre généalogique est le suivant  :

 

vrai arbre milena.PNG

 

 

Comment guérir cette souffrance ?

 

1. Par la psycho-généalogie 

Le terme a été inventé par Anne ANCELIN-SCHÜTZENBERGER dans les années 80. Elle est psychothérapeute et a mené de longues recherches sur ces legs invisibles ou inconscients, sources de maux psychiques.

La psycho-généalogie peut être utile dans certain cas. L’exemple suivant est présenté par l’article du Monde cité plus haut :

Une patiente d’Anne ANCELIN-SCHÜTZENBERGER s’est décrite comme extrêmement triste depuis de nombreuses années, mais pas dépressive. Suite à une thérapie de psycho-généalogie, la thérapeute a découvert que la mère de la patiente avait découvert le corps mort de son propre père à l’âge de 5 ans. Et depuis, la mère n’avait cessé d’être triste, chose qu’évidemment la patiente avait remarqué. Inconsciemment, la patiente avait cru qu’en portant au moins une partie de cette tristesse, elle en aurait pu libérer un peu sa mère. Ce qui n’est évidemment pas le cas mais tout cela se joue dans l’inconscient. La thérapeute a alors prescrit à la patiente d’écrire à sa mère pour lui rendre cette tristesse puis de brûler la lettre dans la cheminée. La patiente s’est trouvé effectivement libérée de cette tristesse.

 

2. Par le génosociogramme (ou génogramme)

Il s’agit d’un outil utilisé dans le cadre de la psycho-généalogie. Le patient construit l’arbre généalogique sur quelques générations (3 ou 4 généralement) et il y inclut les événements familiaux importants.

Le thérapeute doit alors être très attentif aux réactions du patient au fur et à mesure de la construction de l’arbre. Il saura alors voir là où ça fait mal 🙂 ou peut essayer de faire un rapport avec ce que le patient vit.

Dans le cas d’un enfant, comme nous l’avons vu dans l’article de Claire Metz plus haut, si l’arbre construit est différent de la réalité, il permet de mettre le doigt sur ce qui ne va pas.

Claire Metz nous fait part d’ailleurs d’un autre cas très significatif à ce sujet. L’exemple de Suzy, 3 ans, venu consulter pour des spasmes du sanglot.

« La construction du génogramme met en évidence l’ensemble des aïeuls en adoration devant le bébé et usurpant le rôle des parents, et du côté paternel, l’absence de lignée faisant référence [au] « Tous voleurs! » selon le discours maternel.

3. Par la recherche biologique

Nous avons vu au tout début que suite à la famine de 1944-1945 aux Pays-Bas, les petits enfants des personnes concernées étaient nées petits et avec des risques de diabète et d’obésité. Ici, même si un génogramme permettrait de trouver un lien plausible avec la situation, il ne permettrait pas de guérir les petits-enfants ni même de comprendre parfaitement pourquoi le vécu de leurs grands-parents les a atteint.

L’article de Science et Vie nous explique que la recherche sur le sujet se développe et que des marqueurs épigénétiques ont été découverts.

Ces marqueurs cachent ou révèlent certains gènes.

 

Conclusion

De différentes manières nos ancêtres peuvent nous atteindre et nous faire souffrir dans le présent. Cependant, il semblerait qu’aucun ancêtre au-delà de la quatrième génération ne le puisse.

En outre, la science de la psycho-généalogie peut servir dans certains cas bien précis. Autant elle peut parfois s’avérer inutile, autant il ne faut pas croire qu’elle ne soit pas dangeureuse ou tout du moins puissante.

Comme le dit très justement Claire Metz dans son article, il s’agit d’un outil intrusif qui peut engendrer des émotions beaucoup trop fortes si la technique n’est pas utilisée dans le temps nécessaire (à l’instar d’un deuil) et dans un cadre transférentiel lui aussi nécessaire. Pour l’enfant, le transfert doit se faire parfois nécessairement des parents à l’enfant. Si cela vient du thérapeute, cela fonctionnera dans de nombreux cas beaucoup moins bien.

 

 

 

 

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