Zola parlait déjà de Psychogénéalogie

  Zola avait l’intuition que la famille avait à la fois un impact plus grand qu’on ne le croit et à la fois un impact variable sur les personnes (l’hérédité) et selon des critères qui pouvaient lui échapper.

« sous les influences de l’hérédité et des circonstances ambiantes, puis montrer l’homme vivant dans le milieu social qu’il a produit lui-même, qu’il modifie tous les jours, et au sein duquel il éprouve à son tour une transformation continue. »

Roman Expérimental

zola roman expérimental couverture livre

Ce n’est pas pour autant que de ces « circonstances ambiantes » qui lui échappaient quelque peu, il ne désirait pas les esquisser et dessiner les relations inter-personnelles que les membres d’un famille pouvaient avoir entre eux.

C’est tout le projet de la série des vingt romans des Rougon-Macquart.

 

1. Similitudes entre PsychoGénéalogie et Positivisme

La PsychoGénéalogie a la même conclusion en quelque sorte. La Psychogénéalogie constitue un état d’esprit qui met au centre de la vie et des relations la famille et les relations qu’entretiennent ses membres entre eux.

La Psychégénéalogie reconnaît l’hérédité bien sûr. Comme Zola.

Zola souligne un autre point hyper important et qui n’est pas exclusif à la Psychogénéalogie. Oui, ce point est aussi au coeur du principe d’attractivité de nombreux modes de développement personnel. On attire ce en quoi on croit et il se passe ce que nous avions prévu qu’il se passera pour nous.

Sur ce sujet,  voir l’article  » Déjouer les Prophéties familiales  » dans lequel je développe ce qu’est une prophétie auto-réalisatrice et plus particulièrement celle en lien avec la famille.

déjouer les prophéties auto-réalisatrices et familiales

Je disais donc que sur ce point, Zola est aussi en accord avec ce que nous dirions en Psychogénéalogie : « l’homme vivant dans le milieu social qu’il a produit lui-même »

Cette phrase signifie que le milieu social dans lequel vit l’homme a un impact sur lui. Mais que, paradoxalement, c’et lui-même qui a contribué à façonner ce milieu.

Nous avons donc pas mal de similitudes entre le positivisme de Zola et la Psychogénéalogie.

 

2. Les différences entre PsychoGénéalogie et Positivisme

Cependant, les deux principes différent en cela que de la part de Zola, il ne veut pas croire dans la psychologie. En effet, pour le positivisme -hérité des théories contemporaines et novatrices de Darwin- l’hérédité tient une grande place. Si ce n’est la seul. L’hérédité est au coeur de tout le mécanisme humain. Et par conséquent, l’homme est un mécanisme qui par définition échappe à tout ce qui a attrait à ce qu’on appelle en philosophie le « vitalisme ». C’est-à-dire que l’homme échappe à l’influence de l’esprit et de la psychologie.

Même si certaines répétitions de comportements, dates, maladies prénoms ou métiers sont expliquées par la Psychogénéalogie . Cf. article Quand les schémas familiaux se répètent : il se trouve que chez Zola, ces répétitions sont empreintes de fatalité froide sur lesquelles ses personnages ne peuvent rien y faire.

schémas répétitifs psychogénéalogie

Le naturalisme -dont Zola se sent le héraut- est pour lui « la littérature de [son] âge scientifique » (Roman expérimental – 1880). Son âge scientifique, c’est le XIXe siècle, le siècle de Darwin.

Alors évidemment, dans quelle mesure le positivisme et la Psychogénéalogie sont similaires ? Et dans quelle mesure ces deux principes différent véritablement ?

Examinons tout cela de plus près pour savoir finalement qui a raison.

 

3. Le Tempérament

Si on a souvent cru que Zola se positionnait en dehors de toute réalité psychologique, c’est parce que ses personnages étaient décrits en fonction de leur tempérament et non de leur caractères.

  Le tempérament est une sorte de fondement de la personnalité, considéré souvent comme héréditaire

Les quatre tempéraments classifiés par Hippocrate sont le tempérament sanguin, le tempérament mélancolique, le tempérament colérique et le tempérament flegmatique.

Même si tout cela n’exclut pas la Psychologie, il est vrai que ce choix souligne :

la fatalité et l’absence de libre-arbitre induits par l’hérédité. Forcément, à l’époque on sous-estimait trop les conséquences de l’hérédité donc Zola fait un choix en fonction du contexte de son époque. Et c’est vrai qu’on retrouve souvent dans ses romans des personnages qui sont -parfois malgré eux comme Florent dans Le Ventre de Paris– emprisonnés dans leur destinée sans qu’ils ne puissent rien faire pour y échapper.

le ventre de paris zola couverture de livre

4. Le Caractère

Le caractère d’une personne correspond à la manière dont cette personne réagit habituellement dans une situation donnée. On dit alors qu’elle possède tel ou tel trait de caractère.

Par exemple : quelqu’un de généreux, rancunier, radin, etc.

Ainsi, le caractère d’une personne peut très clairement être la conséquence de l’hérédité comme de la psychologie. Et dans une proportion qui, en plus, n’est pas forcément égale mais fonction encore d’autres critères qu’on accepte qu’ils nous échappassent.

Aussi, il serait même plus exact et plus parlant de nommer cela « personnalité« . Car au-delà même des principes d’hérédité et de psychologie, il s’agira toujours d’une description unique, propre à… la personnalité.

C’est peut-être ça la Psychogénéalogie. Quoiqu’encore une fois, la Psychogénéalogie ne peut pas tout expliquer et il nous faut aussi accepter que d’autres critères qui lui sont extérieurs puissent expliquer une autre partie de la personnalité de chacun. Mais si j’insiste autant, c’est peut-être qu’à l’instar de Zola vis à vis de son époque, la Psychogénéalogie n’est pas assez mis au centre des discussions, en tout cas pas à la hauteur de son importance dans la construction de l’identité de chacun.

 

Pour voir un exemple d’analyse Psychogénéalogique : Analyser la Psychogénéalogie de ses ancêtres

analyser la psychogénéalogie de ses ancêtres

 

 

5. Le milieu social

D’ailleurs, Zola souligne que dans les Rougon-Macquart, il instille la vie à cette famille dans le contexte bien précis de son époque, c’est-à-dire celui du Second Empire qui « a pour caractéristique le débordement des appétits, le large soulèvement de notre âge, qui se rue aux jouissances. » – Préface de La Fortune des Rougon (1871)

la fortune des rougon couverture de livre zola

« Dans l’étude d’une famille, d’un groupe d’êtres vivants, je crois que le milieu social a […] une importance capitale. »

Puis, plus loin :

« ce milieu social modifie sans cesse les phénomènes. »

Le Roman expérimental (1880)

 

Zola confirmera cette pensée dans la Préface de L’Assommoir (1877) :

« il ne faut point conclure que le peuple tout entier est mauvais, car mes personnages ne sont pas mauvais, ils ne sont qu’ignorants et gâtés par le milieu de rude besogne et de misère où ils vivent. »

l'assommoir zola couverture de livre

 

Pour découvrir le milieu socio-professionnel qui pourrait être le vôtre : 6 métiers qui révèlent votre Psycho(généa)logie

métiers psychogénéalogie

 

Vous découvrirez sans doute l’analyse Psychogénéalogique de votre personnalité à travers le milieu socio-professionnel qui est le vôtre.

 

6. Même limite à 3 ou 4 générations

Le clou du spectacle si je puis dire, c’est quand à la fin de la série des Rougon-Macquart, dans le dernier des vingt romans, Le Docteur Pascal, Zola « constate que les ressemblances disparaissent au bout de deux ou trois générations en raison des accidents et des multiples combinaisons possibles » (source : http://www.site-magister.com).

Si Zola parle d’accidents, c’est qu’il met en doute le fatalisme total et intégral de la philosophie mécaniste. Alors, certes, il parle ici des gènes et de l’hérédité.

Cette remise en question de l’atavisme est primordial dans la compréhension de la pensée et de l’oeuvre de Zola. Cela signifie qu’il ne croit pas en la réapparition d’un caractère ancestral chez un individu qui normalement ne devrait pas le posséder.

 » Il y avait donc là un perpétuel devenir, une transformation constante dans cet effort communiqué, cette puissance transmise, cet ébranlement qui souffle la vie à la matière et qui est toute la vie. « 

Et quelque part, pour que l’atavisme soit remis en cause, il faut nécessairement croire que l’hérédité est seulement un des paramètres qui constituent la personnalité de chacun. Il laisse donc la place à la psychologie et donc à une discipline qu’il ne pouvait connaître : la Psychogénéalogie.

Et, en même temps, la Psychogénéalogie ne dit-elle pas la même chose ? C’est-à-dire que pour cette discipline aussi, on ne peut expliquer que certains impacts des relations familiales que jusqu’à la troisième ou quatrième génération maximum.

 

  Zola est simplement un homme de son temps qui ne pensait pas autrement que nous, au fond.

 

J’ai écrit ce billet « humeur » car je lis en ce moment-même la série des Rougon-Macquart et j’en suis, aujourd’hui, au 4e tome (sur 20!) : La Conquête de Plassans

L’analyse de Zola sur la famille est intéressante et passionnante d’autant qu’il l’applique dans le cadre d’un roman. Et plus je lis, plus je rapproche son analyse à celle de la Psychogénéalogie, à ceci près qu’il est l’homme de son temps…

Je vous recommande donc la lecture de cette série si vous désirez compléter votre compréhension des relations familiales, et de la diversité de celles-ci.

 

C’est pourquoi je compléterai sans doute le Manifeste que j’ai écrit sur la Psychogénéalogie : Manifeste sur l’importance de la Psychogénéalogie

manifeste sur l'importance de la psychogénéalogie dans notre société

Car je crois que l’apport de Zola peut être importante et hyper complémentaire sur tout ce que nous avons pu apprendre ces dernières années sur l’impact de la famille et sur les relations interpersonnelles au sein de la cellule familiale ainsi qu’à travers les générations.

2 commentaires

  1. Sébastien - Marques Ordinaires Répondre

    Bonjour Stanislas !
    Je suis heureux de te lire que ce sujet passionnant qu’est la psychogénéalogie, d’autant que tu t’attaches à expliquer les choses et que tu ne pars pas sur des idées préconçues, comme c’est souvent le cas dans ce domaine.
    En lisant tes articles, je me suis aperçu qu’il a existé d’étranges similitudes dans une de mes branches familiales (des mères célibataires). Je crois que je vais t’en parler un peu plus longuement par MP sur twitter d’ici quelques jours car j’aimerais avoir ton avis.
    En attendant je te souhaite une bonne journée !

    • Stanislas Auteur de l’articleRépondre

      Bonjour Sébastien,
      Très heureux de te lire. Je ne suis plus trop sur Twitter car peu de lecteurs en Psychogénéalogie sur ce réseau mais je n’oublie pas mes collègues généalogistes 😉
      Je serais ravi de discuter avec toi de cette répétition qu’il semble y avoir dans une de tes branches. N’hésite pas à me contacter, sur Twitter si tu veux car même si je n’y suis plus, je recevrais un mail m’avertissant de ton MP.
      Content que les articles que tu aies lu te plaisent. Merci pour le compliment que tu me fais. J’essaye d’être innovant pour ouvrir au maximum la visibilité au Grand Public de cette discipline, qui aide chaque jour beaucoup de gens à comprendre leurs problèmes.
      A très bientôt j’espère 🙂

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