« Mon Pierre » [A Bordeaux! Episode 2]


Mon Pierre vient d’ailleurs.

 

Pierre BETOULE
N° Sosa :
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Père :
Mère :

 

Son père venait même de plus loin encore. Son père aussi s’appelait Pierre d’ailleurs.

Ils étaient l’un comme l’autre marchands de bestiaux et leur raison de vivre ou plus exactement la seule chose qu’ils connaissaient vraiment dans la vie les poussa en avant, vers un inconnu possiblement meilleur. Car dans ce genre d’affaires, rester marchand là où son père a son marché ne peut que créer des imbroglios familiaux dont il est préférable d’en éviter le désastre certain.

 


Vidéo sur les commerçants aux bestiaux aujourd’hui :

 


Si le sujet vous intéresse, j’ai trouvé un très beau reportage en 4 feuilletons sur les coulisses des marchés aux bestiaux :

 

 

 

 


Pierre Bétoule « père » entama une traversée de la Charente jusqu’à ses confins. Car l’affairisme d’Antoine son frère et Martial le patriarche suffisait à satisfaire les besoins en bêtes du canton de Lesterps et de Saint-Christophe.

A l’approche de la Charente-Inférieure, joliment appelée aujourd’hui Charente-Maritime, il tomba sur Marie qu’il ne quittera plus ensuite. Le mariage se fit et les enfants suivirent.

Thérèze, Pierre, Auguste et Christophe.

Auguste mourut très tôt, à deux ans. La proximité des nombreuses bêtes qui bousaient devant la porte d’entrée sans que personne ne s’en étonnât permet à notre regard moderne de comprendre pourquoi la mortalité infantile était si forte à cette époque.

La seule vraiment attristée par cette perte était Jeanne, la sœur de Marie.

Pourquoi? D’abord, un petit récap’ de l’arbre généalogique :

 

arbre pierre bétoule

 

Jeanne était donc vraiment attristée par la perte d’Auguste car quand il naquit, elle s’en était éprise avec une tendresse de grande sœur, quasi maternelle.

Pourtant, l’année après la naissance d’Auguste, elle sembla le délaisser pour convoler avec l’oncle Christophe, mégissier de Barbezieux.

 

Précision : L’art des mégissiers constituait à blanchir les peaux, à destination notamment de la fabrication de gants. Pour ce faire, ils utilisaient principalement du mouton, chevreau et du chamois 1

 

Peut-être qu’Auguste ne comprit que trop cet abandon. La tristesse et la mélancolie d’un enfant de deux ans sont sans doute des sentiments possibles, des émotions nouvelles qu’un enfant de deux ans ne peut supporter. Peut-être qu’Auguste est mort de cela. Toujours est-il qu’on ne le regretta pas longtemps. Le petit frère Christophe reçut tout ce que ma belle-mère Marie ne pouvait plus donner à Auguste comme amour et tout ce qu’elle n’a jamais voulu donner à Pierre comme affection.

Alors Thérèze et Christophe restèrent. Pierre, lui, avait bien des raisons de partir.

Partir de son petit village natal au nom prometteur : Saint Palais du Né, on aurait bien envie d’y rester pourtant. Mais il partit.

 

Anecdote : pendant la période révolutionnaire, Saint Palais-du-Né s’est appelé Front-sur-le-Né2 🙂  

Le Né est un affluent de la Charente

 

Saintes ou Angoulême n’était pas à la hauteur de son ambition. Ce qu’il visait c’était Bordeaux. Une fois la majorité atteinte, à 21 ans, ce fut chose faite et il s’installa rue Augustine en 1843. Je le connus à ce moment-là et, veuve, en accord avec mes quatre enfants, nous nous mariâmes comme vous le savez en juin 1847.

Pierre habitait au n°23 rue du Mirail, en face de l’hôtel Saint François.

Vidéo sur le 22 rue du Mirail, l’hôtel Saint François :

 

J’habitais au n°4 avec mes quatre enfants. Nous nous sommes installés au n°13 à l’arrivée de notre fils en 1848.

Pas évident pour Pierre si jeune de devenir si vite le chef d’une famille de 5 enfants. Les débuts de notre mariage n’ont pas été aisés et mes deux aînés, Jean et Gustave, 14 et 16 ans en 1848, n’ont pas été tendres avec Pierre bien que des années plus tard ils s’en soient repentis. J’ai vu mon nouvel époux pendant toute la durée des années 1850 créer une fortune dont il sera toujours modeste et qu’il bâtit uniquement pour nourrir cette famille si mal proportionnée à son projet initial.

Cette fortune matérielle servit bien des années après à notre famille.

Mais la richesse morale surtout permit l’union de deux familles et Gustave devint à son tour boucher, cours de Tourny à Bordeaux. Pierre lui apprit tout sur les méthodes et les habitudes d’une profession qu’il a toujours connu. Des années après il reproduisit les mêmes gestes et les mêmes conseils à son propre fils cette fois.

Jean préféra le métier de mercier. Il était bien content de laisser à Gustave le poids d’une tradition qu’il ne voulait pas reprendre.

Mais la vie vous rattrape parfois avec cette singulière ironie qui la caractérise. Lui qui avait toujours eu cette envie de fuir le monde des bouchers  se retrouverait dans le lieu qui avait été par excellence celui des bouchers de la région.

Sa mercerie était à l’emplacement même de l’ancien Grand Marché, dans le quartier des bouchers où avait habité mon père, où je suis né.

Sa mercerie n’était pas très éloignée de la rue du Mirail et je m’y rendais souvent. Pour rejoindre le 12 rue des Ayres où elle se situait, vous passez sous la Grosse Cloche, vous descendez la rue Saint-James et vous y êtes.

Précision : la rue St-James – prononcée « jame »– est la rue empruntée par les pèlerins de Compostelle. C’est pourquoi elle s’appelle ainsi car « james » qui se prononce « jame » est la déformation gascone du « jaime » espagnol qui signifie « Jacques » comme Saint-Jacques-de-Compostelle 3

 

FIN

 


Sources :

1. https://www.histoires-de-paris.fr/megissiers/

2. Jacques Baudet et Jacques Chauveaud, Bulletins et mémoires, Société archéologique et historique de la Charente, 1986, « Toponymie révolutionnaire en Charente », p. 272-273

3. http://www.sudouest.fr/2012/05/21/le-mystere-de-saint-james-720742-2780.php

 


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4 commentaires sur “« Mon Pierre » [A Bordeaux! Episode 2]

  • Sébastien - Marques Ordinaires

    Voici une très belle manière de raconter l’histoire de Pierre Bétoule, vue par Jeanne Masson, son épouse. J’aime beaucoup la façon avec laquelle elle parle de « son » Pierre.
    Une petite suggestion : un arbre généalogique permettrait de mieux suivre le récit !
    Merci en tout cas Stanislas pour cet article !

    • Stanislas Auteur de l’article

      Oui tu as raison. Je vais ajouter à l’article la fiche geneanet de Pierre Bétoule et je vais travailler à un arbre-récap. J’ai intégré trop de personnes au billet pour ne pas le faire. Ça va finir par ressembler à du Tolstoï

      Merci beaucoup pour le compliment et heureux que tu aies apprécié Sébastien. A bientôt

  • Marie EPPHERRE-PROVENSAL

    Je prends enfin le temps de relire l’épisode 1 et de découvrir l’épisode 2 ! Je suis d’accord avec Sébastien, un arbre aiderait peut-être à mieux comprendre. D’autant que qu’au milieu du récit tu fais parler Jeanne à la première personne, et j’avoue quà un moment, je me suis perdue 🙁
    Sinon, j’ai beaucoup aimé l’essai de voix du premier épisode (j’ai même été frustrée quand ça s’est arrêté ;=)) et l’intervention de l’historien sur l’immeuble de la rue du Mirail. Tu as attisé ma curiosité et j’irai le voir quand le temps se décidera enfin à passer au beau à Bordeaux 🙂