5 gars à la guerre. Episode 4.


Episode 1 : 5 gars à la guerre

Episode 2 : 5 gars à la guerre. Episode 2.

Episode 3 : 5 gars à la guerre. Episode 3.

 

L’histoire qui suit est grandement inspirée du récit fait par le lieutenant DEUGNIER dans « Historique du 18e Régiment d’Infanterie Territoriale – Campagne 1914-1918 » publié en 1921.

 

1915

Les gars du 18e ont bien l’impression en ce début d’année 1915 de s’enfoncer dans la guerre plutôt que de recevoir la Paix en récompense de ces mois difficiles.

Ils voient bien qu’ils n’ont plus ordre de rentrer dans l’obscurité des forêts pour surprendre l’ennemi qui s’y cache et le ramener bien gentiment dans son pays d’où il vient.

Ils ont même plutôt l’impression de s’enfoncer dans le sol, dans la boue, dans cette terre qui s’abîme davantage au gré des obus qui tombent un peu partout.

Pourtant, c’est dans cette terre que les chefs leur demandent de construire des tranchées. Et ils le font. Ils tentent. Ils ne savent pas trop faire au début mais ils finissent par comprendre, par maintenir la terre aux bons endroits ou par creuser, ce qu’il faut, pas plus, pas moins.

Les tranchées sont donc encore peu nombreuses. Elles sont d’autant plus rares qu’à cet endroit du front, les français préfèrent parfois se retrancher derrière l’Aisne qui forme comme une frontière naturelle difficilement franchissable entre le camp allemand et le camp français. Les Allemands en ont donc profité pour amener du renfort à cet endroit précis et déclarer la fin de leur retraite. Car ils savent que s’ils arrivent à se repositionner derrière l’Aisne, ils pourront avancer de nouveau et à coup sûr définitivement.

Albert et ses amis ont donc bien conscience qu’ils vont rester plantés là un bon bout de temps, dans ce pays situé à 30 km au Nord-Ouest de Reims. Au début de l’année 1915, ils sont à l’orée du bois Foulon qui les sépare du camp allemand.

 

Le 25 janvier 1915 Albert sent qu’un combat se prépare et il va bien falloir y faire face. Ne demandez pas à un poilu comment il le sent. Il le sent, c’est tout. L’atmosphère que dégage un silence discret mais régulier de la part de l’ennemi, des fumées que l’on voit, qui ne semble pas les mêmes, qui ne sont pas les mêmes, ils savent, c’est bizarre, « un coup se prépare, c’est sûr, t’es pas d’accord, toi ? » lance-t-on parfois au détour d’une conversation qui n’arrive pas à rassurer.

Et déjà  les bombardements commencent de la part des Allemands.

Les 10e et 11e compagnies sont ensevelies sous un éboulement, dans les tranchées. Les pertes sont très élevées, les mitrailleuses rentrent donc en action et réussissent à trouer le rang ennemi qui s’impose face à eux. Les survivants du régiment s’engouffrent dans le bois Foulon et une multitude de scènes de combats individuels mérite ici d’être racontée.

 

  • Le capitaine MONTALÈGRE et ses hommes se retrouvent cernés à un endroit du bois que les autochtones nomment à raison le « trou d’Enfer ». Ils arrivent cependant à en sortir et se fraient un passage à travers les rangs ennemis.

 

  • Le soldat LARRON Do est chargé de garder un boyau pendant que ses compagnons accompagnent leur chef un peu plus loin. Si ce boyau est pris, ils se retrouveraient cernés. Ils comptent donc tous sur le soldat LARRON qui a déjà prouvé sa valeur auparavant. C’est donc sans surprise que tout Allemand qui tente alors de forcer la consigne est immédiatement abattu. Le soir venu, il en avait, à lui seul, mis une cinquantaine à terre.

 

  • Le capitaine de GAULEJAC se trouve nez à nez dans un boyau avec un groupe d’Allemands ; il en abat six avec son revolver et jette son arme vide à la tête du septième qui d’un coup de fusil venge ses camarades. Quelques minutes plus tard un peloton de sa compagnie était dans la douloureuse obligation d’enjamber le corps du pauvre capitaine adoré de ses hommes.

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  • L’adjudant CARBOSSE, chef de section de mitrailleuses, a perdu tout son personnel ; ses pièces sont enrayées. Il en remet une en état et l’utilise contre l’ennemi ; il est atteint mortellement à son poste de tireur.

 

  • Le sergent BARTIE et le soldat CLAVERIE organisent dans le bois une véritable chasse au Boche. Ils avancent d’arbre en arbre avec un sang-froid remarquable et font plusieurs prisonniers.

 

Le lendemain, aux vues des pertes et du résultat médiocre de ce combat pourtant préparé, le 18e régiment sérieusement amoindri est relevé par le 12e régiment.

Le 18e part donc à la base, à l’arrière, aux environs de Glennes où attendent 500 hommes qui sont là pour renforcer les troupes.

Suite à ce fiasco, les officiers décident de changer du tout au tout leur stratégie. Ils choisissent de renforcer un maximum les positions du Régiment en attendant la grande bataille historique décidée par les plus Grands.

C’est ainsi qu’une période de calme relatif commence. On en profite pour multiplier les tranchées, les boyaux et pour créer des abris profonds bien aménagés qui mettent les hommes à l’abri des obus et des intempéries.

La défense du secteur est solidement étayée ; les réseaux de fil de fer se multiplient.

 

Le 28 juin 1915. Le Président de la République, Raymond POINCARÉ, accroche la Croix de Guerre au drapeau du régiment pour tous les actes héroïques menés par ses soldats.

Par la suite, on instruit les hommes des nouvelles techniques de combats mais surtout de la manœuvre des armes inconnus par beaucoup comme les mitrailleuses. Albert apprit beaucoup à ce sujet et servira plus tard, tantôt de fusilier, tantôt de mitrailleur.

 

Fin 1915. L’attente est trop longue maintenant. Certes, le 18e a bien été décimé lors de la bataille du bois Foulon du début d’année et certes, les positions avaient nettement besoin d’être raffermies vu la pression mise par les Allemands sur ce point-là du front. Mais bon…

 

Albert ne se plaint pas, le repos avait été bien nécessaire. Mais, d’ailleurs, Albert ne se plaint jamais. Il est comme ça, lui.

Et puis, encore cette sensation de bruit discret mais néanmoins régulier. Sauf que cette fois, cela vient du côté français. Une bataille se prépare, c’est sûr. Une grande bataille même. Bienvenue en 1916, quand chaque camp a voulu achever cette guerre par une opération coup de poing. On sait aujourd’hui qu’ils n’y arrivèrent pas. Mais, à l’époque, les cœurs se gonflaient d’espoir jusqu’en avril 1916…

 

FIN DE L’EPISODE 4

 

 

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