5 gars à la guerre. Episode 1.



 

Début 1900. Castandet, Landes, France.

 

Lorsque vous arrivez devant l’Eglise de Castandet, vous êtes à la fois admiratif de l’originalité de son clocher et surpris par la composition des lieux. Imaginez plutôt une église romane avec une seule et grande nef, de larges contreforts et une façade allongée qui vous impose sa croix plantée là, tout en haut du bâtiment. Tout est de pierres de taille et de tuiles provenant des tuileries du Sud de Castandet.  Et le clocher carré est posé là-haut, par lignes successives de pierres roses et blanches. L’ensemble donne une impression de clarté, aidée en cela par le soleil du Midi et par la récente reconstruction de l’édifice.

 

Autour de l’église s’agencent les lieux de vie et même de mort de Castandet. A gauche, le cimetière, si proche du mur latéral gauche de l’Eglise qu’on eût dit que cela fut fait exprès. En effet, ainsi disposé, le cimetière est à l’ombre de l’Eglise pendant une grande partie de la journée. Les parents décédés des sept cents soixante-trois habitants de ce village landais sont ainsi assez vite oubliés. En ces temps nouveaux du début du XXe siècle, il faut regarder devant soi. L’avenir de nos enfants est tout ce qui compte pour la France d’alors. Et, ici, à Castandet, Paul Lafitte est en charge de cet avenir. Instituteur depuis seulement un an, M. le Maire a confiance en ses compétences et espère sincèrement  qu’il réussira à prendre la digne suite de son prédécesseur, l’instituteur aimé pendant plus de trente ans, Pierre Fourcade. Monsieur Fourcade a pris sa retraite depuis trois ans maintenant et Monsieur Lafitte est le quatrième instituteur qui essaie de prendre la relève. Mais pour tous les parents des têtes blondes castandetoises, c’est le bon !

 

Quand Paul a débarqué, l’école qui se trouve de l’autre côté de la place de l’église lui aurait fait la même impression que le cimetière si ne l’attendaient pas, devant, ses élèves. Et une bande de garçons lui mettait un sourire aux lèvres. Albert, Firmin, Gabriel, Emile et Célestin avaient entre 6 et 8 ans. Ils devaient être liés par un destin commun. Dur encore de l’imaginer, nous allons le voir.

 

Albert Dufau était l’aîné de ce petit groupe de garçonnets. Il avait huit ans, les cheveux châtains clairs, les yeux bleus et un grand nez busqué qui lui donnait un air de chef. Il habitait avec sa sœur de trois ans, Marie-Alice, et ses parents, Claire et Jean, au Clavé. Le Clavé, c’est un amas de trois, quatre masures qui se distinguent du quartier de Rondeboeuf, le quartier central et historique de Castandet. En fait, quand vous sortiez de l’école -ou de l’église si c’était un dimanche- vous suiviez la route des écoles qui montait un peu pour arriver à une pente qui, elle, vous lançait le long des champs de maïs jusqu’à une fourche ; à gauche Le Clavé ; à droite Rondeboeuf. Vingt minutes de marche vous suffisaient pour rejoindre cet endroit névralgique de la cité des châtaignes.

 

Ah, oui, je ne vous l’ai pas dit mais Castandet vient du latin « castangetum » que nous pouvons traduire par châtaigneraie. En effet, non loin de là, l’Adour coule imperturbablement. Cette rivière part de Bayonne, traverse entièrement les Landes et bifurque brutalement au Sud dès qu’elle découvre le Gers pour finalement se jeter dans Tarbes. Eh bien, dans la région de Castandet, l’Adour se crée des bras qui affluent pour abreuver la vallée. Les châtaigniers recevraient trop d’eau s’ils poussaient dans la vallée et se seraient noyés s’ils y restaient. C’est pourquoi nous les retrouvons plus au Nord, à Castandet qui est installé sur le versant du coteau qui continue au Nord-Ouest pour former Mont-de-Marsan.

Ces cinq garçons ont donc vécu dans cet environnement.

 

Albert Dufau était plutôt d’un naturel calme et posé. Rien n’était grave pour lui ; il savait prendre le recul nécessaire pour trouver une solution ; il savait également prendre une décision importante sans trop réfléchir quand la situation l’exigeait.

 

Firmin Carrère était plutôt, quant à lui, un fonceur, à jamais se poser de questions. Rien ne pouvait lui arriver. Il se distinguait par sa bonne humeur légendaire et surtout inébranlable. Même parmi des inconnus, on l’aurait pris pour le meilleur pote de tous. Il savait s’adapter aux autres et en jouait, pour le meilleur.

 

Gabriel Labarbe aurait tout fait pour aider son prochain, l’injustice le rendait nerveux et la révolte grondait souvent en son for intérieur. En somme, c’était le bon samaritain.

 

Emile Lasserre était le plus discret de tous et en toutes circonstances, il donnait l’impression qu’il était de trop. Il avait même fini par le croire lui-même. Sa mère surtout, sans forcément le vouloir, lui signifiait au quotidien que la charge de l’avoir à la maison était pénible pour elle. On ne connaissait pas son père et cette honte d’être l’enfant d’une fille-mère ajoutait à l’envie d’être invisible aux yeux de tous.

 

Célestin Saint-Pé était le chanceux du groupe comme si son prénom préfigurait le don que la providence céleste lui ferait au quotidien. Il n’avait pas qu’une bonne étoile disait-on souvent mais carrément deux saints à son service, Saint Pierre et Saint Martin. Saint-Pierre parce que son nom « Saint-Pé » est une déformation du patois local de « Saint-Pierre » et Saint-Martin car il s’agit du nom de sa mère. L’avenir confirmera cette chance insolente.

 

 

1913. Vingt ans. Le service militaire.

 

Cette bande de copains grandirent tous sans grand souci. Ils vivaient tous dans la dureté de la vie des cultivateurs-métayers, sorte d’agriculteurs qui exploitent les terres d’un autre en échange de paiement à la fois en nature et à la fois en numéraire. Bref, à la vingtaine, arrive le service militaire qui s’annonce pour trois ans. Nous sommes en 1913. Et à la sortie de l’été, chacun reçoit la préfecture vers laquelle il devra se rendre pour effectuer son service militaire.

 

Albert se retrouve à Pau.

Firmin à Bayonne.

Célestin à Mont-de-Marsan.

 

Emile voit son service ajourné d’un an pour faiblesse. Gabriel aussi. L’un parce que son introversion pose des problèmes d’adaptation au groupe dans un contexte militaire plutôt tendu au niveau international. L’autre parce que son sang chaud n’était pas le bienvenu lorsqu’on essaye d’injecter de la cohésion et donc de plutôt faire rentrer dans un même moule des hommes différents.

Mais la Guerre éclate le 2 août 1914 et on a alors besoin de tous les jeunes gens frais et dispo. On appelle donc en décembre 1914 :

 

Gabriel à Périgueux.

Emile à Toulouse.

 

Aucun ne se retrouve au même endroit et tous ne seront pas appelés à se revoir. Nous  vous racontons leur histoire dans les prochains articles.


 

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L'église de Castandet

 


 

 

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