5 gars à la guerre. Episode 3.

 

Lien de l’Episode 1 : 5 gars à la guerre. Episode 1.

Lien de l’Episode 2 : 5 gars à la guerre. Episode 2.


 

L’histoire qui suit est grandement inspirée du récit fait par le lieutenant DEUGNIER dans « Historique du 18e Régiment d’Infanterie Territoriale – Campagne 1914-1918 » publié en 1921.

 


Toujours en 1914…

 

Le dimanche 6 septembre. Les fatigues sont oubliées et la gaieté revient. Le général  JOFFRE prescrit l’offensive. C’est la bataille de la Marne, avec les fameux taxis de la Marne. La marche en avant commence. Grâce aux renforts, les Allemands reculent et les hommes du 18e régiment d’infanterie traversent dans l’autre sens des villages désormais dévastés dont les habitants accueillent le régiment avec joie.

 

Le mardi 8 septembre. Les Allemands s’arrêtent et acceptent la bataille. Le régiment est à Marchais-en-Brie.

 

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Avancée des français jusqu’à Marchais-en-Brie après la retraite de Charleroi

Source : Googe Maps


 

La lutte est dure. Mais après une brillante charge à la baïonnette, le 18e Régiment d’Infanterie s’empare du village et de tout le plateau. 40 prisonniers et un canon ; c’est une victoire ; mais une victoire à la Pyrrhus car le sol est jonché de cadavres.

L’avancée continue.

 

Le dimanche 13 septembre. Le régiment arrive à Pontavert où il s’établit et se prépare. L’ennemi s’est installé et se barricade dans le village d’à côté. La Ville-aux-Bois.

 

plan avancée 1914 pontavert.png


Avancée des français jusqu’à Pontavert après la retraite de Charleroi

Source : Google Maps


 

Le mardi 15 septembre. Albert et ses camarades doivent se lever tôt car les premières attaques sont prévues pour 4h du matin. A cette heure effectivement, les premières maisons du village sont atteintes, prises et les Allemands qui s’y trouvaient sont tués à coups de baïonnette. Certains ont cependant réussi à s’échapper pour donner l’alarme. Les maisons qui suivent sont donc difficile à atteindre et les combats sont alors meurtriers. On cherche à mettre le feu aux maisons qui contiennent des Allemands, en vain. Le lieutenant BOERNER essaye même de rentrer par une lucarne mais il se fait tuer presqu’aussitôt. Finalement, les amis du 57e Régiment d’Infanterie viennent à la rescousse du 18e Régiment.

 

Ils ont dans leur rang des sapeurs du génie. Les sapeurs ont pour spécialité l’exécution d’ouvrages souterrains permettant de renverser un édifice. Ils arrivent à faire sauter une maison avec de la mélinite (produit chimique explosif).  Les Allemands qui s’y trouvent sont ensevelis sous les décombres. Voyant cela, les Allemands des autres habitations, craignant le même sort, se rendent d’eux-mêmes.

La Ville-aux-Bois est désormais aux mains du régiment mais les hommes sont exténués et il n’y a eu aucun ravitaillement en vivres. Ils ont faim.

On apprend alors que plusieurs fourgons chargés de pain réussissent à pénétrer dans Pontavert. Cependant, pour les atteindre en venant de la Ville-aux-Bois, il faut désormais traverser un terrain de 800 mètres battu par les balles de mitrailleuses et les obus. Le caporal DEYRIS se dévoue et part avec cinq volontaires. Ils parviennent à Pontavert. Ils en sortent quelques instants après traînant une charrette à bras bondée de pain. Avec un courage et un sang-froid remarquables, ils refont le dangeureux parcours, sans se soucier des projectiles qui tombent autour d’eux et cependant le trajet est bien périlleux, car les Allemands ont aperçu le petit groupe et ils s’acharnent sur lui. L’anxiété est dans tous les cœurs. Pourvu qu’ils ne soient pas victimes de leur dévouement ! Enfin, les voici ! « Que ne ferait-on pas pour des camarades » répond DEYRIS au capitaine OLIVARI qui le félicite.

Qui sait si Albert ne faisait pas partie de ces volontaires…

Le régiment attend désormais les ordres.

 

Le lundi 21 septembre. Ordre est donné de se porter sur le Chemin des Dames, au Nord d’Oulches, un petit village à 10 km à l’ouest de là où se trouve le 18e régiment. On veut éviter que les Allemands prennent le village et réussissent à contourner la position du 18e régiment. Le régiment y arrive et les combats ne tardent pas. D’autres régiments sont déjà sur place et ont ouvert le feu depuis quelques heures déjà.

Cinq fois, l’ennemi essaie de renverser le régiment dans le ravin qui se trouve derrière. Cinq fois il est repoussé. C’est alors que les Allemands tentent de gagner la bataille par des bombardements qui nous causent de nouvelles pertes.

 

Le vendredi 25 septembre. La semaine a été éprouvante. Les hommes sont très fatigués. Sur plus de 3 300 hommes, il ne reste que 500 hommes dont Albert. Un renfort de 1 500 hommes arrive alors et les poilus aux visages amaigris et à la barbe hirsute racontent leur odyssée aux nouveaux venus.

Le temps du repos et de l’arrivée des renforts dure deux semaines. Mais est-ce vraiment du repos quand les hommes sont en proie à l’anxiété de ce qui les attend encore.

 

Le dimanche 11 octobre. Ordre d’attaquer le plateau de Vauclerc pour poursuivre l’avancée.

 

Le lundi 12 octobre. Le feu très nourri des Allemands s’oppose à toute progression ; il faut rentrer dans les lignes après avoir perdu bien du monde et en particuliers sept officiers frappés en entraînant leur troupe.

Seul le sergent ELICHONDO parvient à conduire sa troupe jusqu’aux tranchées allemandes. Il reste là dans un trou d’obus, avec un caporal et deux soldats blessés, jusqu’à la nuit suivante, et rapporte des renseignements précieux.

Le lieutenant LABORDE, blessé pendant la progression de son unité, continue à donner ses ordres sans vouloir se laisser panser. Il est tué par une balle quelques instants plus tard.

Dès lors, c’est la vie dans les tranchées boueuses qui commence. Et sans repos car tout le monde doit veiller.

Jusqu’à la fin de 1914, de nombreuses attaques ennemies sont repoussées. Les attaques du régiment, elles aussi, sont repoussées par les Allemands. Avec les morts qui vont avec. Seuls 300 jeunes soldats arrivent en renfort en cette fin d’année 1914.

Le régiment passe le réveillon de noël et du nouvel an dans les tranchées. Et l’année 1915 s’ouvre à eux. Chacun espère que ce sera l’année, sinon de la Victoire, au moins de la Paix…

 


Ce qui vous attend dans les prochains épisodes…

 

Bien sûr, il y eut Verdun, les blessures, les copains morts mais la soif était quelque chose là-bas…

 

Extrait du carnet de guerre de Paul Champdavoine, un camarade d’Albert Dufau dans le 18e Régiment d’Infanterie :

« Il ne me répond pas, je lui touche le front, j’ai vu qu’il était bien mort.

À ce moment il m’est venu à l’idée un certain plaisir, que tous les combattants excuseront car beaucoup connaissent les souffrances de la soif et elles sont cruelles, c’était que j’allais pouvoir lui prendre son bidon et en boire le contenu.

Je regarde, il n’avait pas de bidon mais il avait une peau de bouc comme presque tous les soldats pyrénéens, j’étais déjà content, je retourne un peu ce malheureux copain, mais la gourde était prise dans les branchages pas moyen de l’avoir.

Alors je coupe la courroie et j’attire précipitamment l’objet de ma convoitise.

Et là, cruelle désillusion, deux éclats d’obus l’avaient traversé et on voyait que le vin s’était répandu donc le pauvre vieux avait encore à boire au moment où il fut tué. »

 


 

 

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