Dévoiler un secret de famille en 4 étapes

Allez, on va détendre tout de suite l’atmosphère. Il est important, avant toute chose, de se persuader qu’on ne révèle jamais un secret de famille : « on confirme une hypothèse » affirme le psychiatre Serge Tisseron.

Article similaire : Secrets de famille : les 4 choses à savoir

Dans la vie, il arrive de vouloir communiquer une chose délicate. Mais nous ne savons pas toujours comment nous y prendre. Et nous abandonnons l’idée de communiquer cette chose délicate mais importante. C’est dommage !

Voici comment se dévoilent les secrets de famille.

1. Se demander d’abord si le secret qu’on détient est un secret que nous devons dévoiler

Selon Florence CALICIS, il doit répondre à 3 critères. Attention, ils ne seront pas évidents à détecter si nous sommes aveuglés par le déni. Mais dans ce cas, c’est que nous ne devons pas être au stade de nous demander comment bien dévoiler notre secret.

1er critère : Le secret est pour le détenteur une charge émotionnelle extrêmement négative.

Angoisse, honte, peur ou encore préoccupation permanente seront les symptômes classiques d’un secret lourd de sens.

Nous en sommes préoccupés bien plus qu’un simple secret établi comme un « jardin secret ». Ce secret ne nous caractérise pas en tant que tel, il s’agit d’un traumatisme avec lequel on doit faire avec.

2e critère : l’impact du secret sur l’ambiance familiale se fait clairement ressentir. Si le secret n’existait pas, l’ambiance entre les membres de la famille serait bien meilleure. Mais ce qui est caractéristique d’un secret de famille à dévoiler ne demeure pas tant dans l’ambiance que dans la communication.

La communication est ce qui est le plus profondément touchée par les secrets de famille.

Elle est entièrement altérée. En effet le secret marche comme un frein à la communication car si les membres de la famille commencent à communiquer et se sentent trop à l’aise à poser des questions, alors tôt ou tard une des questions portera sur le secret dont on ne veut pas parler. Et ça le parent-détenteur du secret ne pourrait l’accepter et souvent inconsciemment, il verrouillera la communication.

ombre du secret à dévoiler qui plane sur la famille

Le 3e critère porte sur l’impact direct ou indirect sur les autres membres de la famille, en particulier les enfants. Des symptômes existent chez eux et personne dans la famille n’arrive à les expliquer, à comprendre le comportement des enfants, des comportements souvent caricaturaux.

Angoisse, culpabilité sans objet, tocs, obsessions, cauchemars, etc. sont les symptômes qui devraient alerter le parent-détenteur du secret sur la nécessité de dévoiler ce secret de famille qui manifestement pèse sur toute la famille, même sur ceux qui n’en ont pas connaissance.

2. Il faut croire aux bénéfices et à la nécessité du dévoilement

Le thérapeute ne prendra jamais seul la décision de dévoiler le secret.

Le parent-détenteur du secret doit donc donner son accord explicite.

Il doit croire dans la nécessité d’en arriver là.

croire

On prêt souvent à Clément Stone, riche homme d’affaire américain la citation suivante :

« Tout ce que l’esprit peut concevoir et croire, il peut aussi le réaliser »

J’ajouterai que la réciproque est vraie : bien souvent, ce qui peut se réaliser doit être au préalable conçu par l’esprit pour qu’ensuite il y croie. Sans cela, pas de réalisation donc pas de dévoilement.

Mais cela ne suffit pas. Il faut également qu’il croit aux avantages que comporte un dévoilement d’une telle ampleur car si le parent n’y croit il n’y mettra pas de la bonne volonté.

Même si le secret est dévoilé par le thérapeute, l’enfant sentira le malaise et la tension qui existera dans la relation avec son parent. Car ce dernier n’aura pas intégré qu’il n’y a que des avantages à passer au dévoilement alors il sera braqué. La relation ne sera alors pas pleinement ouverte à un dialogue et à une quelconque amélioration.

Et si le secret est dévoilé par le parent, il sera très mal livré à l’enfant. Souvent de manière brutale et expéditive. Ce qu’il ne faut absolument pas faire sous peine d’avoir des conséquences plus grave encore que si nous n’avions rien fait.

3. Ne pas dévoiler le secret trop brutalement.

En effet, il faut y aller par étape sinon il risque d’y avoir une autre charge traumatisante qui se rajoute à la première déjà existante.

Soignons donc la manière de révéler le secret sinon la charge traumatisante qui se rajoute alors aura pour conséquence un travail psychique à mener par la suite des plus compliqués.

Globalement, l’attitude lors du dévoilement doit être bienveillante, surtout sans jugement. L’écoute doit être ouverte après l’annonce du secret et le soutien clairement affiché.

4. Passer par une tierce personne

« Car, si vous livrez votre secret directement à l’interlocuteur concerné, vous risquez d’être débordé par l’émotion, estime Bruno Clavier. Et l’autre le vivra comme une agression. »

C’est pourquoi, si le parent-détenteur veut le révéler mais ne se sent pas capable de réunir toutes ces qualités décrites ou qu’il ne se sent tout simplement pas capable d’encaisser ce qui suivra, alors on peut faire appel à une tierce personne.

Cette tierce personne peut être un thérapeute ou un membre de la famille.

Les deux parents doivent choisir ensemble et se mettre d’accord.

être d'accord

Que ce soit pour guider la révélation ou pour l’exécuter, passer par un tiers servira à mettre de la distance émotionnelle. Par contre, si c’est un tiers qui annonce le contenu du secret, le parent-détenteur doit être présent. Car ce qui vient tout de suite après, c’est l’échange sain sur le sujet, le retour à la communication et la libération de la parole entre le détenteur et les autres membres de la famille.

Le plus difficile est sans doute de ne pas minimiser le contenu du secret après l’avoir annoncé. Des phrases du style « Oublions le passé, n’en parlons plus » sont clairement à proscrire.

Ou de banaliser le secret en rappelant qu’il y a quand même bien plus grave sur Terre.

Remarque 1 :

Si le secret doit être divulgué à plusieurs membres de la famille, le psychanalyste Serge Tisseron exhorte à le leur dire simultanément. « Sinon, chacun aura l’impression d’être dépositaire d’une information exceptionnelle. Et c’est ainsi qu’on ajoute un secret au secret ! »

Remarque 2 :

Si nous sommes une personne à qui on a dévoilé un secret et que ce secret concerne d’autres personnes que nous.

Alors, il sera normal et sain de le leur divulguer, à notre tour.

« Mais en prenant soin de préciser que cette information nous vient d’un tiers et que nous ne faisons que la diffuser telle qu’elle nous a été dite », précise Serge Tisseron.

« Nous n’avons pas, aujourd’hui, la clé de tous nos secrets de famille. Mais on peut penser que nos enfants ou nos petits-enfants pourront, un jour, en savoir plus que nous, tout comme l’ouverture des archives ou les tests ADN nous permettent d’en savoir plus que nos grands-parents. Aussi faut-il toujours considérer un secret comme une conviction intime, non comme une certitude absolue. »

Conclusion

« Les gens ont tendance à retarder sans cesse ce moment de la confidence, persuadés que cela va provoquer un choc chez l’autre. Or, le plus souvent, c’est bien l’inverse qui se produit : il est soulagé. » (Serge Tisseron)

Ce qui risque de suivre la divulgation d’un secret de famille, c’est la perte de confiance au sein de la famille, certes.
Mais

Si vous parlez beaucoup. Si vous vous remettez à communiquer comme vous auriez dû. C’est-à-dire sans avoir peur de blesser ou de provoquer des conflits.

Alors, dans ce cas, la confiance reviendra très vite. Car n’est pas une preuve de confiance que de révéler un secret qui a été si lourd pour vous ?

Tout le monde aura suite l’intime conviction que tout rentre enfin dans l’ordre et beaucoup seront soulagés d’avoir enfin trouvé ce qui les auront tant dérangés.

Trouvez-vous ces conseils pertinents ? Avez-vous eu l’expérience d’un secret de famille?

Références

  1. Article sur Psychologies Magazine « Comment dire l’indicible? »

  2. La psychogénéalogie expliquée à tous – Isabelle de Roux et Karine Segard – Editions Eyrolles Pratique

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.