Secrets de famille : les 4 choses à savoir

 

Difficile de comprendre comment des secrets peuvent s’installer dans la famille. Mais qu’est-ce que c’est un secret de famille? Voici 4 choses à savoir pour ne pas se tromper.

 

1. Il y a des bons et des mauvais secrets

Attention, tous les secrets verrouillés dans une famille ne sont pas forcément mauvais.

Mais qu’ils soient bons ou mauvais, les secrets partent à priori d’un bon sentiment : la volonté de protéger.

Et pourtant, seul le bon secret est protecteur. Réellement ! Le bon secret est normal.

Les bons secrets pourraient être synonymes de « jardin secret ». Ils sont bons dans la mesure où ils sont nécessaires au développement de chacun car ils permettent d’arrêter une ligne de démarcation claire entre soi et les autres car personne ne peut se construire convenablement hors du rapport aux autres.

Tout le monde a le droit d’avoir ses petits secrets, c’est même bon d’en avoir quelques-uns pour se retrouver, pour se ressourcer.

 

Le mauvais secret détruit de l’intérieur. Il est pathologique.

Les parents partent souvent du principe « je garde ce secret pour moi car je ne veux pas faire du mal à mon enfant en le révélant. Ce secret est trop lourd ».

Mais justement : c’est un secret bien trop lourd. L’enfant va sentir qu’il y a un truc qui cloche et ça va le rendre mal car un lien affectif existe entre les parents et lui.

Ce lien crée de l’empathie. L’enfant va dans certains cas culpabiliser. Dans d’autres cas il voudra aider ses parents. Mais comme il ne connait pas le secret, il ne sait pas comment faire, ce qui va le rendre impuissant. Il va donc être super mal.

Sans le savoir, l’enfant à qui l’on cache le secret en est prisonnier.

 

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En effet, cela devient une obsession inconsciente : il est enfermé dans ce secret qu’il ne connait même pas. Il ne peut pas se détacher d’un secret qu’il ne saurait décrire.

C’est réellement kafkaïen comme situation.

C’est donc extrêmement pénible, douloureux voire insupportable pour l’enfant.

Par conséquent, comme l’inconscient ne supporte pas ce que véhicule ce secret (souvent ce qui se dégage des parents), cela donne des symptômes impensables car à un moment donné le corps finit toujours par exprimer ce que la bouche ne peut dire ou ne veut pas dire.

Ces symptômes peuvent être des cauchemars qui renvoient à des images significatifs du secret.

L’enfant peut avoir aussi des comportements névrosés, conséquence directe du secret. Par exemple, il coupe toujours la parole.

Ce qui signifie deux choses :

  Qu’il ne considère plus la parole des adultes comme crédible car il sent bien que ses parents ne lui disent pas l’essentiel, « ce qu’il faudrait absolument dire, ce qu’il y a de plus important dans la vie puisque ça a l’air si grave ».

Que le secret est en rapport avec la mort car quand on coupe la parole, on considère que la fin des choses est l’essence même de la vie, la fin de toutes choses est ce qui est le plus important à prendre en compte dans la vie. Cette dernière considération est symptomatique sans être systématique.

 

 

 

2. Le secret n’est pas gardé pour le bien de l’enfant

Les secrets de famille sont en réalité souvent établis pour 2 causes majeures :

Eviter de parler d’un trauma trop douloureux

Donner une bonne image de soi ou en tout cas tout faire pour éviter de donner une trop mauvaise image de soi car le secret de famille est ici un secret honteux.

 

En thérapie, les parents vont tout de suite avancer la raison suivante pour expliquer pourquoi ils ont gardé ce secret si lourd : « c’était pour son bien »

Et puis si on creuse un peu, c’est pour une toute autre raison en réalité.

 

Le problème, c’est que justement « pour le bien de l’enfant » il faudra révéler ce secret.

 

 

parent bien de l'enfant secrets de famille

 

S’il s’agit d’un secret honteux issu d’une volonté de passer un pour un parent parfait, l’enfant va mal accepter les échecs et les erreurs. Il souffrira d’une volonté d’être toujours parfait qui l’épuisera psychologiquement car infaisable, impossible à mettre en application une telle ambition.

Si la mimo-gestuel est trop présente chez le parent ou si le lien affectif parent-enfant est assez puissant, l’enfant peut même ressentir de la honte lui aussi. Il ne saura pas pourquoi mais il aura bien ce sentiment en lui qui « suinte » en définitif du parent :

Honte de la honte de leur parent, honte de ne pouvoir soulager leur parent, honte par loyauté envers leur parent.

Ce qui en découle, c’est une mauvaise estime de soi car l’enfant appartient à une famille qui ne s’estime pas et sur lequel l’enfant se sert de support pour la construction de son identité.

Si l’enfant a trop d’empathie envers son parent traumatisé par l’événement gardé secret, il peut ressentir de la culpabilité.

Dans ce cas, l’enfant aura le sentiment que c’est de sa faute. L’enfant aura l’impression que le traumatisme du parent -que tout l’entourage du parent perçoit bien d’ailleurs- vient de quelque chose qu’il aurait mal fait. Il va donc essayer de se rattraper.

D’ailleurs, même sans culpabilité, l’enfant qui voit que le parent est « mal » va essayer d’aider et cela entrainera des comportements exagérés de la part de l’enfant qui va petit à petit mais assez vite quand même devenir parent à la place de son parent. C’est ce qu’on appelle la parentification. Les rôles s’inversent et c’est l’enfant qui s’occupe du parent.

 

 

3. Le secret n’est qu’un problème de communication

C’est la fameuse citation de Serge Tisseron :

« Le secret ne s’oppose pas à la vérité mais contre la communication »

Même si le « mauvais » secret de famille fait beaucoup de mal à l’enfant, il faut toujours avoir conscience que ce n’est pas un mensonge. Ce n’est pas une duperie faite à l’enfant. Il s’agit simplement d’une volonté consciente ou non du parent de ne pas communiquer cette information à l’enfant.

Parfois d’ailleurs, il s’agit d’une volonté à demi-consciente et à demi-inconsciente car le parent se voile la face et ne se rend pas bien compte qu’il tait ce secret. Il n’en parle pas, c’est tout mais bon « ça se sait ».

Et ceci est problématique dans la mesure où le message véhiculé est « communiquer n’est pas une bonne chose en soi », « vaut mieux éviter de communiquer », etc.

Ce qui pose réellement problème donc dans un secret de famille n’est pas tellement le contenu. Ce qui pose souci, c’est surtout ce qui est induit par le message. Car si l’enfant se dit qu’il ne faut pas communiquer, cela va poser de sacrés soucis.

En effet, nous sommes des êtres sociaux et nous nous construisons par les échanges avec les autres. Sans cela, nous ne serions pas finis.

L’enfant d’ailleurs s’exclura lui-même en ne communiquant plus.

Mais comme c’est son propre inconscient qui est en œuvre, il pensera que ce sont les autres qui l’excluent.

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Et ce n’est pas le seul problème qui pend au nez de l’enfant.

Autour du secret de famille existe une sorte d’injonction des parents à ne pas aller à la découverte d’un domaine en particulier (lié plus ou moins au contenu du secret).

Pour certains enfants, les conséquences sont terribles et désastreuses. Ils ne s’intéressent plus à rien de peur de découvrir ce qui leur a toujours été interdit. Ou alors ils se disent que si on ne leur révèle pas LA connaissance qui a l’air si importante, qui a l’air si grave, c’est qu’ils ne sont pas dignes de savoir. Et les résultats à l’Ecole deviennent alors catastrophiques.

 

4. Tout le monde réagit différemment face aux secrets de famille

L’appropriation du secret de famille qu’on ne connaît toujours pas ne donnera pas lieu à la même réaction d’un descendant à l’autre. Car l’appropriation du secret est une démarche active et personnelle : chaque descendant aura la sienne.

C’est pourquoi dans une fratrie, on ne remarque pas les mêmes symptômes. Chacun s’approprie le secret de famille à sa manière : selon leur personnalité, leur âge, la relation particulière qu’ils ont avec le parent-détenteur du secret aussi.

Prenons l’exemple de Marie-Claire, une mère aînée de sa fratrie. Elle est plutôt dans une position de « compréhension » vis-à-vis de Gabrielle, sa fille aînée et dans une position d’exigence face à Côme, son fils cadet.

En prise avec ce secret de famille qui pèse sur les deux enfants, il est fort à parier que les réactions seront les suivantes :

Gabrielle aura un lien très fort, très empathique avec sa mère. Si c’est la mère le parent-détenteur du secret, elles s’isoleront toutes deux du reste de la famille. Mais en général, une mère qui a cette attitude est une mère communicante donc ce ne sera pas la mère qui détiendra le secret. Et dans ce cas, Gabrielle aura un soutien maternel qui restera précaire malgré tout. Cela lui permettra tout de même de parler de ses ressentis inexplicables.

Côme risque la parentification vis-à-vis du parent-détenteur du secret. Si le secret est issu d’un traumatisme plutôt que d’une honte inavouable, il voudra toujours que la vie soit parfaite et aura du mal à vivre les imprévus. Ce ne sera pas quelqu’un d’agressif mais plutôt de terriblement anxieux.

 

Mais tous les symptômes d’un patient ne s’expliquent pas uniquement par les secrets de famille. D’autres paramètres s’ajoutent encore pour les expliquer car il faut bien se souvenir que le secret n’est qu’un facteur de risque.

 

L’arrivée de symptômes psychologiques a pour cause un ensemble d’éléments conscients, inconscients et pré-conscients qui fait système.

Le secret de famille est parfois un de ces éléments. Il est le plus difficile à détecter car « invisible ».

 

Et vous ? Avez-vous eu des secrets dans votre famille ? En avez-vous souffert ?  Partagez aussi votre expérience dans les commentaires

 

5 commentaires

  1. Annemarie Répondre

    bonjour
    je viens d’apprendre dernièrement que mon arrière grand père paternelle se serait suicidé chez son père…. pendu????? … il était alcoolique, a t elle dit
    c’est maman qui me l’a raconté, elle dont ce n’était pas la branche…
    mon grand père, son beau père, le lui aurait raconté….
    je n’en avais jamais entendu parler, ni par mon père (décédé quand je l’ai appris) , ni par mon grand père (lui aussi décédé quand je l’ai appris)
    je n’ai donc aucune autre certitude que le récit de maman

    je ne sais pas si cela a eu un impact sur moi

    Annemarie

    • Stanislas Auteur de l’articleRépondre

      Bonjour Anne-Marie,
      Un secret familial ne perturbe pas forcément les membres de la famille (cf. le premier point de l’article) donc pas d’inquiétude 🙂
      La vraie question que j’ai envie de vous poser, c’est « comment avez-vous fait pour gérer et accueillir ce lourd secret ? »

  2. Annemarie Répondre

    Bonjour Stanislas

    En fait, cela ne m’a pas vraiment perturbée… c’était plutôt une explication pour beaucoup de choses….. pourquoi mon grand père avait donné la photo de mariage de ses parents à une »cousine » au lieu de la garder
    pourquoi il ne savait pas où était enterré son père, alors que son grand père avait mis la concession à son nom
    pourquoi personne ne savait où était enterrée la mère de cet ancêtre suicidé
    pourquoi la branche de ma « cousine » ignorait celle de mon grand père et vice versa
    ça a donc surtout éclairci beaucoup de choses

    mais comme je ne suis pas non plus vraiment certaine, car je n’ai rien retrouvé ni dans un sens, ni dans l’autre… je ne saurai jamais vraiment 🙂
    Annemarie

    • Stanislas Auteur de l’articleRépondre

      Bonjour Anne-Marie,
      La photo donnée à une cousine était peut-être un moyen pour que vous gardiez contact avec cette branche chère à votre grand-père 😉
      Dans tous les cas, tant que ce que nous découvrons nous donne la paix, c’est l’essentiel.

      Belle journée,
      Stanislas

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