Lourd héritage pour Manon & Lucas

 si vous êtes sceptique quand on vous parle de psychogénéalogie cet article est fait pour vous. Beaucoup d’enfants souffrent et dans de nombreux cas, la prise en charge individuelle n’est pas suffisant. Car tout être humain, même les enfants sont en contact avec un extérieur, un environnement, des personnes plus ou moins proches qui ont un impact sur leur mental, sur leur psyché. Donc si le thérapeute n’a pas connaissance  de cet « extérieur », difficile pour lui de trouver la cause de cette souffrance afin de la guérir.

 

Aussi, quand la thérapie individuelle a échoué il est fortement conseillé de se diriger vers une thérapie collective. Pour les enfants, une thérapie familiale sera privilégiée car leur « extérieur » se trouve être en premier lieu la famille.

 

Premier exemple de transmissions avec Manon

Manon a 6 ans. Cette petite fille vit avec sa mère, Camille, qui n’est plus en couple avec le père depuis 2 ans. La famille se porte bien : tout se passe bien avec le père qui voit de temps en temps Manon. L’équilibre de ce côté-là ne semble pas faire débat et à les entendre effectivement rien n’attire l’attention. Aussi, Camille n’a bien entendu pas amené Manon en séance de psy familiale dans le cadre de la séparation des parents.

Non, depuis quelques mois seulement, Manon « joue l’enfant » : elle est revenue à la tétine, elle se colle constamment à sa mère, elle a peur de tout. Et personne n’arrive à expliquer ce changement de comportement. Pas même une séance individuelle.

Dans un cas pareil qui semble complexe, la première chose que fera un thérapeute, ce sera d’écouter attentivement la patiente car très souvent, le patient vient avec la solution mais il ne le sait pas. La thérapeute est là pour le « guider ». Et ici, l’observation de Manon n’a pas fonctionné, Manon ne semble donc pas avoir la solution en elle. Ecoutons donc Camille :

« Je vous dis tout ça mais bon en réalité je viens surtout vous voir parce qu’un jour, j’en pouvais plus et Manon a fait la bêtise de trop. C’était une petite bêtise mais j’en avais tellement marre que je lui ai donné une fessée. Seulement, quand je l’ai attrapée pour lui donner cette fessée, je l’ai senti se raidir, se taire et son regard m’a bouleversé. J’avais l’impression de me revoir à son âge en train de me faire molester par mon père. Ce sentiment était horrible et je me suis juré depuis ce jour de tout faire pour que Manon ne subisse jamais ce que j’ai subis. Je veux tout lui donner pour qu’elle sache se défendre et réagir comme il le faut en de pareils cas ».

Boum, Camille a tout dit et je vais tout vous expliquer avec l’aide de mon pote Konrad.

Konrad, c’est Konrad Stettbacher. C’est un psychothérapeute qui a développé le concept de « transfert émotionnel » au début des années 90. Si on transpose ce concept à notre histoire, voilà comment Konrad l’expliquerait.

 

Camille est réellement traumatisée par ce qui lui est arrivé quand elle était petite. Elle n’a toujours pas digéré ces moments de son enfance où son père la battait et c’est bien normal. Seulement, aujourd’hui Camille en est encore marquée.

Et à chaque fois qu’une situation semblable ou ayant un trait commun, un trait qui lui rappelle ce traumatisme de sa vie, à chaque fois donc, Camille aura ce réflexe qu’elle a toujours eu, qu’elle a adopté instinctivement : elle va se crisper et son regard sera celui de la terreur la plus noire.

Cela peut être quand Camille se promène avec Manon dans un parc et qu’elle entend un père crier un peu trop fort sur sa fille. Camille se crispera et Manon, qui lui tient la main ressentira bien que dans ce genre de situation, sa mère est craintive. C’est ça le transfert d’émotions car à partir de ce moment, de manière inconsciente, Manon se comportera comme si beaucoup de situations où l’enfant est réprimé sont des situations menaçantes pour l’enfant. Manon aura remarqué que quand l’enfant grandit et qu’il commence à se positionner « contre » ses parents pour se construire, Camille n’est pas bien.

Manon intègrera cette information de manière inconsciente. C’est pourquoi elle a eu, après quelques mois de « transfert émotionnelle », la volonté inconsciente de revenir dans un état où elle ne peut plus être menacée par de telles situations. C’est pourquoi quand sa propre mère lui donne une fessée, elle lui porte ce regard de terreur que Manon avait vu sur sa mère.

Et ensuite tout va très vite car une fois que le processus de transmisions est achevé commence un autre processus. Ce que Guy Ausloos, psy belge, appelle le processus de « sélection/amplification ». Là c’est pire. Maintenant Camille a bien remarqué les réactions de Manon et elle va faire une fixette là-dessus.

«Quand on se fixe sur le symptôme, on contribue à fixer le symptôme.»

 

 

 

Deuxième exemple de transmissions avec Lucas : le fantôme et la crypte

Lucas est un petit garçon de 8 ans, très mignon, un peu réservé et très peu loquace il faut bien le dire. Ses parents l’amènent en thérapie car depuis un peu plus de 2 ans, les résultats scolaires de Lucas ont chuté. Les instituteurs qui l’ont eu les années précédentes sont tous stupéfaits, eux qui lui promettaient de belles études tellement il était consciencieux et sérieux.

La mère prend souvent la parole lors des questions du thérapeute et c’est elle qui confie les doutes les plus probables qu’elle a sur son enfant. « j’ai l’impression que depuis nos vacances en Provence, il n’est plus tout à fait le même. Il n’est pas allé vers les autres de tout le séjour alors que d’habitude, à la plage, il adorait ça. Le premier jour, je pensais qu’il était fatigué par le voyage en voiture de 7heures. D’habitude, on y va en avion. Mais le deuxième jour quand même je commençais déjà à m’inquiéter. Et puis à la rentrée, ça a été pire et depuis nous ne savons plus quoi faire. Dernièrement, il a refusé d’aller à un anniversaire, il avait trop peur disait-il. Mais peur de quoi ?»

Là est bien la question et vraisemblablement, le petit Lucas n’a pas la réponse. En observant bien la scène, on peut remarquer que le père se tait et évite de trop parler.

Les symptômes de cette famille pourraient correspondre à la honte causée par un secret de famille. En effet, c’est parce qu’on a honte qu’on veut éviter les autres. C’est parce qu’on a honte qu’on se croit indigne d’apprendre et c’est parce qu’on a honte qu’on croit ne pas mériter de bonnes notes.

Après plusieurs séances en analysant bien le moment d’apparition du symptôme et en questionnant longuement le père sur ce qu’il pense de ce qui arrive à son fils, on peut arriver à une certaine conclusion.

Le père avoue ne pas être à l’aise au volant et c’est pourquoi ils partaient toujours en vacances en avion. Cette fois, ce n’était pas possible car la mère voulait parcourir la région au lieu de rester 3 semaines au même endroit. C’est alors la mère qui a pris le volant pendant tout le séjour.

Intelligemment, le thérapeute a demandé au père de questionner ses parents encore vivants sur ce phénomène qu’il ne doit pas croire « normal ».

A la séance d’après, ça a été la révélation pour toute la famille.

Le grand-père a avoué à son fils que jeune, il avait tué un gosse dans un accident de voiture et qu’il ne s’en était jamais remis. C’était avant son mariage et il a gardé ce secret pendant tout ce temps pour ne plus jamais avoir à y penser. Il en avait tellement honte.

Ce qu’il s’est passé

Le grand-père détient le secret honteux dans une crypte psychique. Il ne peut pas en parler.

Le père, lui, a toujours perçu que quelque chose clochait mais impossible pour lui de se représenter ou de même de nommer ce que c’était. Cela devient clairement une obsession, comme un fantôme qui hante son psychisme.

L’enfant ne peut même pas imaginer que quelque chose cloche. Tout ce qu’il ressent, ce sont ses angoisses sans raison et ces sensations qui le gênent sans cesse.

La transmission du secret s’est faite sans même que son contenu ait été révélé.

A chaque fois que le grand-père revoyait une voiture qui ressemblait à celle de l’accident, il transpirait le malaise et l’angoisse. Par ses gestes, ses attitudes et son comportement après que le traumatisme soit revenu en lui de cette manière. Le père de Lucas ne pouvait donc pas passer à côté. En tout cas son inconscient a bien capté ce qu’il se passait. Boum, première transmission. Voiture = danger et honte

Lucas ensuite a vu son père mal à l’aise et surtout honteux dans la voiture qui les amenait en Provence donc pour le petit garçon qui s’identifie tellement à son père, cela signifie qu’il y a de quoi avoir honte même s’il ne sait ni pourquoi ni de quoi.

Et c’est pourquoi la transmission s’arrêtera à la génération de Lucas car le secret n’a plus assez de matière pour continuer son « suintement » (Tisseron).

 

Alors ? Après ces deux exemples, êtes-vous convaincus que des transmissions invisibles peuvent exister ? Ou vous êtes encore sceptiques ?

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